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Louis-Olivier Taillon

8-LO-Taillon.jpg

8e premier ministre du Québec

25 janvier 1887 au 29 janvier 1887

&

16 décembre 1892 au 11 mai 1896

Conservateur

 

Il y a 100 ans, l’ancien premier ministre Louis-Olivier Taillon décédait. Celui qui eut une longue carrière parsemée de hauts et de bas marque l’histoire politique du Québec à plusieurs titres. Il est le premier ministre québécois à avoir le plus court mandat. Son gouvernement est le dernier à être renversé par le parlement au Québec. Il est un des dix premiers ministres du Québec qui n’ont jamais remporté une élection générale et l’un des cinq qui ont été en fonction en deux périodes discontinues. Celui qu’on surnommait le « vénérable vieillard » du Parti conservateur laisse son nom notamment à une circonscription électorale, un parc national, une rivière et quelques rues à travers le Québec. Cette exposition vous permettra d’en apprendre davantage sur ce premier ministre méconnu des Québécois.

 

Bonne visite !

Homme

L’homme

Louis-Olivier Taillon est né à Terrebonne, le 26 septembre 1840. Il est le fils de Josephte Daunais, et d’Aimé Taillon, cultivateur. Louis-Olivier est baptisé à l’église Saint-Louis-de- France le lendemain. Aimé Despatis écrit que « son père et les parrain et marraine déclarant ne savoir signer, le curé Porlier note au registre le nom de la mère, Josephte Daunais, sous le nom Donet. » 

 

Claude Martel explique qu’on « sait peu de choses sur la famille Taillon de Terrebonne. Le père, Aimé Taillon, est né à Terrebonne en 1803. Il se déclare journalier ou fermier. Son revenu semble assez modeste, car il ne possède aucune propriété. Sa mère, Josephte Daunais, est également native de la paroisse, en 1801. Elle épousa Désiré Limoges, en 1818, avec qui elle aura une fille. Devenue veuve, elle épousa Aimé Taillon, à Terrebonne, le 3 février 1834. Aimé pouvait être qualifié de “vieux garçon”, avec ses 31 ans. Louis-Oliver est l’aîné des trois fils de cette union. Il voit le jour à Terrebonne le 26 septembre 1840. Tout nous porte à croire que la famille habite dans l’ouest du village, sur la rue Saint-Louis, près de la montée Pincourt (boulevard Moody). Ils habitent une petite maison en bois. »

 

Le 14 juillet 1875, il épouse à L’Assomption Louise-Georgiana Archambault, veuve de Candide Bruneau et fille de Joséphine Beaupré et du marchand et conseiller législatif Pierre-Urgel Archambault. Le couple Taillon a un enfant, mais Georgiana et l’enfant meurent en janvier 1876, peu de temps après sa naissance. Louis-Olivier reste veuf jusqu’à sa mort.

 

Athala Archambault, sœur de la conjointe de Taillon, est l'épouse de Ludger Forest. Il est candidat libéral défait dans L'Assomption aux élections fédérales de 1874 et de 1879. Lorsque Taillon, conservateur, est défait en 1886, son beau-frère est élu député libéral à l'Assemblée législative dans cette circonscription. Ça devait faire de beaux soupers de famille. Cependant, l'élection de Forest est annulée le 30 novembre 1888 mais il est réélu à l'élection partielle du 27 décembre 1888. Il est défait en 1890 et en 1892.

Études

 

Olivier, son nom usuel à l’enfance, fréquente le Collège Masson à Terrebonne de 1847 à 1856. Claude Martel rappelle qu’il « a comme confrère de classe J.-Adolphe Chapleau, avec qui il partagera une partie de sa carrière politique, ainsi qu’Alphonse Desjardins, futur député, sénateur et maire de Montréal. Olivier vise le sacerdoce, tout comme son frère Louis-Mélasipe qui deviendra prêtre en 1864. Toutefois, après six ans d’enseignement au collège, il opte plutôt pour le droit. »

 

Carrière 

Il débute son stage en 1862 à Montréal au cabinet Fabre, Lesage et Jetté et le termine auprès de Désiré Girouard. Le 6 novembre 1865, il est admis au barreau du Bas-Canada. Il exerce sa profession à Montréal où il fonde l’étude juridique Taillon, Bonin, Laramée et Morin. Au fil de sa carrière, il côtoie plusieurs éminents avocats, dont Sévère Rivard, François-Xavier-Anselme Trudel, Fabien Vanasse, Siméon Pagnuelo et Lomer Gouin qui sera lui aussi premier ministre. Le 20 janvier 1882, il est fait conseil en loi de la reine. En 1892, il est élu bâtonnier et conseiller du barreau de Montréal.

Pierre-Urgel Archambault, conseiller législatif, est le père de la conjointe de Louis-Olivier Taillon.

Photographie de Pierre-Urgel Archambault. Livernois. Vers 1870.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec


L'HOMME
 

Plan officiel de la paroisse de Saint-Louis-de-Terrebonne créé le 30 juin 1876 par Joseph-Hermyle Leclair et copié par A.E.B. Courchesne. Copié en 1928.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Journal La Revue. 25 février 1992. Page 30.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Journal La Revue. 14 mars 2001. Page A-4.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Journal La Revue. 12 juillet 2006. Page B-12.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Journal La Revue. 5 octobre 2011. Page B-7.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

 

Généalogie de Louis-Olivier Taillon

Lignée directe

d'Olivier Michel

à Louis-Olivier Taillon

1. Olivier Michel

n. 01-12-1645 Saint-Barthélemy, La Rochelle, Aunis, France  d. 26-04-1699 Québec

 

Marie Madeleine Cauchon  m. 24-11-1671 Château-Richer

n. 16-02-1655 Québec  d. 28-12-1698 Hôtel-Dieu, Québec

[fille de Jean Cauchon et Madeleine Miville]

2. Pierre Taillon-Michel

n. 17-12-1686 Cap Saint-Ignace  d. 20-03-1749 Saint-Nicolas (Lévis)

 

Jeanne Baron  m. 09-11-1716 Saint-Nicolas (Lévis) 

n. 26-08-1699 Sainte-Famille (Île d'Orléans)  d. 00-05-1774 Terrebonne

[fille de Jacques Baron et Catherine Mesny]

3. Joseph-Michel Taillon

n. 15-02-1724 Nicolet  d. 10-05-1802 Lachine

 

Charlotte Marion  m. 02-08-1756 Saint-Nicolas (Lévis)

n. 08-03-1740 Saint-Nicolas (Lévis)  d. 00-05-1778 Terrebonne 

[fille de Pierre Marion et Marie Thérèse Françoise Bonhomme]

 

Marguerite Labelle  m. 25-01-1779 Saint-François-de-Sales (Laval)

[fille de Michel Labelle et Louise-Aimée Beaumont]

4. Pierre Taillon

n. 15-08-1764 Sainte-Rose (Laval)  d. 04-09-1854 Saint-Louis-de-Terrebonne (Terrebonne)

 

Charlotte Maisonneuve  m. 09-10-1786 Saint-Louis-de-Terrebonne (Terrebonne)

n. 00-00-1765  d. 01-12-1851 Saint-Louis-de-Terrebonne (Terrebonne)

[fille de Julien Maisonneuve et Françoise Paris]

5. Aimé Taillon

n. 00-08-1803 Terrebonne 

 

Josephte Daunais  m. 03-02-1834 Saint-Louis-de-Terrebonne (Terrebonne)

n. 00-05-1801 Terrebonne

[fille de Charles-Alexis Daunais et Marie Angélique Coté]

6. Louis-Olivier Taillon

n. 26-09-1840 Terrebonne  d. 25-04-1923 Montréal 

 

Marie Louise-Georgianna Archambault  m. 14-07-1875 L'Assomption

n. 26-08-1841 L'Assomption  d. 24-01-1876 L'Assomption

[fille de Pierre-Urgel Archambault et Joséphine Beaupré]

LÉGENDE

n. Naissance 

d. Décès 

m. Mariage

Merci à Gérard Héroux

pour la recherche généalogique.

Alphonse Desjardins est député fédéral, sénateur et maire de Montréal en 1893 et 1894.  Il est collègue de classe de Louis-Olivier Taillon.

Photographie d'Alphonse Desjardins. 27 avril, 1882. Notman & Sandham.

Musée McCord

Sévère Rivard, maire de Montréal de 1879 à 1881 et conseiller législatif de la division d'Alma de 1886 à son décès en 1888. Il est collègue avocat de Louis-Olivier Taillon.

Photographie de Sévère Rivard. 1875. Studio of Inglis.

Bibliothèque et Archives nationale du Québec

Lomer Gouin est premier ministre du Québec de 1905 à 1920, bâtonnier du Québec de 1910 à 1911 et lieutenant-gouverneur du Québec en 1929. Il est collègue avocat de Louis-Olivier Taillon.

Photographie de Lomer Gouin.

Collection Dave Turcotte

Le député

Le Dictionnaire biographique du Canada relate que « Taillon n’avait pas tardé à s’intéresser à la politique. Ultramontain comme Sévère Rivard et François-Xavier-Anselme Trudel, il contribua à la formulation et à la promotion du Programme catholique de 1871, qui visait à purifier la politique et à subordonner le Parti conservateur aux enseignements moraux de l’Église. Partisan du nationalisme canadien-français et de la suprématie pontificale en matière de foi et de discipline, il avait conseillé l’évêque de Montréal, Ignace Bourget, au cours de son différend avec les catholiques libéraux et surtout avec les sulpiciens en 1867. »

 

Jacques Lacoursière affirme dans Monsieur le Président que Taillon « est un des principaux organisateurs de la Convention générale des Canadiens français, la grande manifestation nationaliste du 24 juin 1874 qui regroupe des représentants de la plupart des sociétés Saint-Jean-Baptiste de l’Amérique du Nord. »

 

 

 Élection québécoise du 7 juillet 1875 

 

Le 23 février 1875, le gouvernement du troisième premier ministre du Québec Charles-Eugène Boucher de Boucherville fait adopter le scrutin secret et la tenue des élections en une seule journée. Le 7 juin 1875, le parlement est dissout et l’élection générale est fixée au 7 juillet 1875.

 

Comptant sur l’appui d’ultramontains influant dont François-Xavier-Anselme Trudel et Alphonse Desjardins, Taillon se porte candidat conservateur dans la circonscription de Montréal-Est. Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau mentionnent que « l’appui du député fédéral Louis-Amable Jetté au libéral Joseph Duhamel dans Montréal-Est n’a pas suffi à ce dernier pour devancer le conservateur ultramontain Louis-Olivier Taillon. » Il gagne son pari tout comme son parti. Les conservateurs font élire 43 des 65 députés de l’Assemblée législative. Le premier ministre conservateur Charles-Eugène Boucher de Boucherville est donc reporté au pouvoir. Selon plusieurs, c’est sa ferveur ultramontaine qui incite le premier ministre à ne pas l’appeler à joindre son conseil des ministres.

 

Le Dictionnaire biographique du Canada précise que malgré cela, Taillon « soutenait le gouvernement de Charles-Eugène Boucher de Boucherville et faisait la promotion du programme ultramontain. À titre de défenseur de Mgr Ignace Bourget, il présenta en 1875 le projet de loi sur la reconnaissance civile des paroisses érigées à même l’ancienne paroisse sulpicienne de Notre-Dame. La même année, une autre loi du gouvernement Boucherville avait cédé le pouvoir en matière d’instruction aux autorités religieuses. »

 

Le Dictionnaire biographique du Canada ajoute qu’à « l’Assemblée législative, Taillon put faire montre de ses talents d’orateur et de débatteur. C’était un homme à principes, mais sans beaucoup de panache. Sa présence dans les banquets était recherchée, car il chantait des chants patriotiques d’une belle voix de baryton. Il adorait les soirées musicales et, après une journée particulièrement difficile, il rentrait chez lui pour oublier les dissensions politiques en jouant du piano. Sa conversation et ses souvenirs agrémentèrent d’innombrables petites réunions. Sa longue barbe, qu’il tiraillait tour à tour de la main droite et de la main gauche quand il était préoccupé ou nerveux, devint sa marque distinctive. »

Depute

Résultats de l'élection québécoise de 1875 dans la circonscription de Montréal-Est.

Musée virtuel d'histoire politique du Québec

 Élection québécoise du 1er mai 1878 

 

Coup de théâtre, le premier ministre conservateur Charles-Eugène Boucher de Boucherville est démis de ses fonctions le 2 mars 1878 à la suite d’un conflit avec le nouveau lieutenant-gouverneur, de tendance libérale, Luc Letellier de Saint-Just. Le lieutenant-gouverneur refuse d’approuver une loi ayant été votée par les deux chambres de la législature québécoise qui aurait forcé des municipalités comme Montréal à payer pour la construction de chemins de fer. Taillon appuyait cette politique du gouvernement. Letellier de Saint-Just, en vertu de ses pouvoirs de vice-roi, charge Henri-Gustave Joly de Lotbinière, chef de l’opposition libérale, de former un nouveau gouvernement. Le nouveau premier ministre ainsi que son cabinet sont assermentés le 8 mars 1878.

 

Wikipédia rapporte que « cependant, comme le nouveau cabinet est minoritaire à l’Assemblée législative, le lieutenant-gouverneur dissout la chambre et décrète des élections pour le 1er mai. C’est l’élection la plus chaudement contestée au Québec depuis la Confédération. »

 

Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau évoquent que « les électeurs ont droit pour la première fois depuis 1867 à une véritable lutte à deux partis à Québec. Seulement des 5 des 65 sièges sont déterminés par acclamation [comparativement à 18 à l’élection de 1875], ce qui laisse une grande part à l’incertitude. Les libéraux sont maintenant capables de rivaliser avec la machine conservatrice dans la presque totalité des comtés. Ils pensent même causer des surprises. De fait, les résultats sont très serrés. Tellement que des journaux, divergeant d’opinions relativement à l’allégeance de certains élus, ne s’entendent pas sur qui devrait former le gouvernement. »

 

Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau allèguent que « [les] conservateurs veulent faire payer aux libéraux les décisions de Letellier de Saint-Just. Pour eux, cette intrusion d’un lieutenant-gouverneur remet en question le principe du gouvernement responsable. L’ex-secrétaire de la province, Joseph-Adolphe Chapleau, l’étoile montante des conservateurs, parle de “crime politique” et demande lors d’un discours à Lévis, le 10 mars : “Que devient le principe que le peuple gouverne s’il est permis un seul homme d’enlever le gouvernement des mains auxquelles le peuple l’avait confié ?” »

Robert Rumilly souligne que « [Honoré] Mercier, Jetté, Hector Fabre, les jeunes du Club National — Edmond Lareau, Calixte Lebeuf — et les rédacteurs du National — Ernest Tremblay, Eudore Poirier — soutiennent à fond l’échevin Jacques Grenier, adversaire de Taillon qui est considéré comme l’un des plus redoutables parmi les chefs conservateurs. » Malgré les efforts des libéraux, Taillon remporte la lutte dans sa circonscription.

 

Déjà minoritaire au déclenchement de l’élection, les libéraux arrivent en deuxième place à l’élection du 1er mai 1878, mais se maintiennent au pouvoir par l’appui des députés conservateurs indépendants. Le Parti libéral de Joly de Lotbinière fait élire 31 députés avec 47 % des votes, contre 32 pour le Parti conservateur maintenant dirigé par Joseph-Adolphe Chapleau, qui a recueilli 49 % des votes. Il y a deux députés conservateurs indépendants.

Résultats de l'élection québécoise de 1878 dans la circonscription de Montréal-Est.

Musée virtuel d'histoire politique du Québec

Les processions nationales

 

Lucie Desrochers émet que « les autorités craignent que des troubles politico-religieux surviennent à Montréal à l’occasion de la célébration de la victoire de la Boyne par les orangistes le 12 juillet [1878]. Leurs inquiétudes ne sont pas sans fondement. Au début des années 1870, les marches orangistes avaient été dépénalisées en Irlande ; il n’en fallait pas davantage pour que les orangistes estiment légitime de défiler dans les rues des villes canadiennes. […]

 

En décembre 1877, Joly avait demandé à tous les citoyens de trouver suffisamment d’abnégation et de patriotisme pour renoncer aux défilés nationaux et politiques. Ses paroles ont semé une certaine confusion. Ses adversaires lui ont reproché de vouloir mépriser les traditions. On a dit qu’il voulait carrément abolir les processions religieuses. […] Confiant ou naïf, Joly estimait que, si toutes les nationalités renonçaient volontairement à leurs processions, les orangistes les abandonneraient eux aussi. […]

 

Le 8 juin, la Ville de Montréal demande l’adoption d’une loi pour prohiber les processions de parti. Le 17 juin, devant le refus de Joly, Louis-Olivier Taillon dépose lui-même un projet de loi qui vise à interdire, dans les rues de Montréal, les célébrations d’événements politiques, se rattachant à des distinctions religieuses ou autres, parce qu’elles offensent une grande partie “des fidèles sujets de Sa Majesté”. On prend soin d’exclure les processions du clergé ou des fidèles d’une Église ou d’une croyance religieuse qui aurait lieu dans exercice du culte public. […]

 

Le premier ministre prend la parole lors du débat pour réitérer son désir de voir disparaître les manifestations visées par le projet de loi au nom de l’égalité et de la paix publique. Il ne croit pas que le projet de loi de Taillon atteigne ce but, soit le maintien de l’ordre. Dans un long plaidoyer, Taillon rappelle que son projet de loi a pour but de supprimer les processions de parti qui ont un caractère dangereux pour la paix et l’ordre public. Il rappelle que les recours à la persuasion ont été tentés, sans bons résultats. Il ne vise nullement les Canadiens français qui ont toujours manifesté dans le calme et qui n’insultent jamais personne lorsqu’ils défilent à la Saint-Jean-Baptiste.

 

L’Assemblée adopte le projet de loi par 38 contre 16, […] mais elle ne sera sanctionnée qu’après le 12 juillet. Ce n’est donc pas la loi de Taillon qui a assuré une paix relative à Montréal ce 12 juillet 1878, mais la détermination du maire Jean-Louis Beaudry, qui a embauché 500 constables spéciaux, demandé la présence massive des forces armées et pris sur lui d’interdire toute manifestation publique ce jour-là. Les appels au calme des leaders religieux catholiques et protestants ont aussi contribué à la paix. »

 

 

Un nouveau gouvernement

 

Le gouvernement libéral minoritaire a de la difficulté à faire adopter tous les projets de loi qu’il souhaite de peur de perdre la confiance fragile de la Chambre. Robert Rumilly note que « la carrière du gouvernement Joly […] est décidément mouvementée. De résolution en résolution, d’amendement en amendement, Chapleau, secondé par deux députés montréalais, Louis-Olivier Taillon et Louis Beaubien, lui livre une lutte de guérillas. Joly manœuvre maintenant une majorité de deux à trois voix. Mais il doit abandonner certains projets. »

 

Lucie Desrochers présente un de ces moments difficiles. « [Le] 5 août alors que Chapleau accuse le trésorier Langelier d’avoir menti deux fois à la Chambre. Chapleau accepte volontiers de retirer les mots qu’il a prononcés, mais maintient que les faits auxquels il faisait allusion sont exacts. Joly propose imprudemment une motion afin que l’orateur réprimande Chapleau, mais elle est défaite par deux voix. Le Canadien s’attend à ce que le gouvernement démissionne le lendemain. Joly réunit son caucus. Selon La Minerve, les députés libéraux se divisent alors en deux groupes. Joly et Marchand croient qu’après un tel affront “il était contraire à la dignité d’un homme politique de conserver le pouvoir”. François Langelier et Mercier refusent énergiquement de démissionner. “Ils juraient qu’ils combattraient jusqu’à la mort et qu’on ne leur arracherait leurs portefeuilles qu’avec la vie”.

 

Le lendemain, les conservateurs soulèvent des doutes : le gouvernement a-t-il perdu la confiance de la Chambre ? George Irvine propose, en vue de confirmer la confiance, que la Chambre approuve la politique d’économie suivie par le gouvernement. Joly montre alors un signe de faiblesse en déclarant : “Nous désirons savoir si notre politique n’a plus la confiance de la députation.” Louis-Onésime Loranger trouve le spectacle bien étrange : un premier ministre qui admet qu’il doute de la confiance de la Chambre.

 

C’est alors que Mercier prend les commandes. Le vote de la veille. Soutient-il, ne peut être considéré comme un vote de censure. Un gouvernement n’est pas forcé de démissionner sur un incident, mais seulement sur une mesure ministérielle issue de son programme. L’orateur, dans sa décision, confirme la validité de la motion d’Irvine ; Chapleau tente alors de faire ajourner le débat, sans y parvenir. Mercier revient à la charge. Lorsqu’un gouvernement obtient un vote négatif sur un incident comme celui de la veille, argue-t-il, il demande aussitôt à la Chambre de lui donner sa confiance ou de la lui retirer. C’est précisément le sens de la motion d’Irvine.

 

Taillon qualifie l’attitude de Joly d’humiliante. “Afin de s’assurer de l’affection de ses chers amis, [Joly] se tournait de droite à gauche et, se penchant sur ses fidèles, il leur demandait : m’aimez-vous.” En soirée, la Chambre vote sur la motion d’Irvine et le gouvernement survit. »

 

Ce qui devait arriver arriva. Le 29 octobre 1879, le gouvernement Joly perd le vote sur une motion de censure suite à la défection de cinq députés libéraux vers les conservateurs, dont le futur premier ministre Edmund James Flynn et Alexandre Chauveau, le fils de l’ex-premier ministre Pierre-Joseph-Olivier Chauveau.

 

Selon Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau, « Les libéraux ne pardonneront pas aux auteurs de cette volteface, qualifiée de trahison. Placé en minorité, le premier ministre Joly de Lotbinière, dont le mandat n’est vieux que de 18 mois, demande au lieutenant-gouverneur Théodore Robitaille de déclencher des élections. Mais ce dernier, qui a succédé à Luc de Letellier Saint-Just, destitué par un arrêté en conseil le 26 juillet 1879, ne l’entend pas ainsi. Cette réaction à l’endroit d’un libéral s’explique : Robitaille est le choix du conservateur John A. Macdonald, redevenu premier ministre du Canada à la suite de l’éclatante victoire de son parti aux législatives du 17 septembre 1878. Pour les bleus, l’heure de la vengeance a sonné ! Au lieu de céder à la demande de Joly de Lotbinière de retourner devant l’électorat, le nouveau lieutenant-gouverneur invite le chef conservateur provincial, Joseph-Adolphe Chapleau, à former un gouvernement le 31 octobre 1879. Les libéraux se retrouvent en quelque sorte dans la situation de l’arroseur arrosé. »  

 

Le 31 octobre 1879, le nouveau premier ministre conservateur Joseph-Adolphe Chapleau et son cabinet sont assermentés. « S’ajoute à la colère des libéraux le fait que deux des cinq transfuges de leur parti entrent dans le nouveau cabinet du conservateur Chapleau, soit Edmund-James Flynn (commissaire des Terres de la Couronne) et Théodore Paquet (secrétaire provincial). Leur rancœur est particulièrement profonde à l’endroit de Flynn, puisqu’il était à l’origine de l’amendement du 29 octobre qui a fait tomber le gouvernement. », déclarent Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau.


LE DÉPUTÉ
 

Portrait du premier ministre du Québec Charles-Eugène Boucher de Boucherville.

Collection Dave Turcotte

Portrait du premier ministre du Québec Henri-Gustave Joly de Lotbinière.

Collection Dave Turcotte

Portrait du premier ministre du Québec Joseph-Adolphe Chapleau.

Collection Dave Turcotte

Le président

 Élection québécoise du 2 décembre 1881 

 

Le 8 novembre 1881, le premier ministre Chapleau déclenche une nouvelle élection. Taillon fait campagne pour les conservateurs de Chapleau malgré des désaccords avec ce dernier. Le Dictionnaire biographique du Canada énonce que « Chapleau et Taillon n’étaient pas toujours du même avis. Taillon soutenait l’école de médecine et de chirurgie de Montréal dans sa lutte pour préserver son indépendance vis-à-vis de l’université Laval. Membre en 1881 du comité administratif du diocèse de Montréal qui étudia la présence de l’université Laval à Montréal et membre du comité législatif qui trancha la question, il eut de vifs échanges avec Chapleau sur le sujet. Néanmoins, il fit campagne sous la bannière de Chapleau aux élections générales de 1881 et récolta une plus forte majorité que tous les autres candidats. »

 

Wikipédia rappelle que « Joly de Lotbinière est toujours le chef des libéraux, mais la vedette montante de son parti est Honoré Mercier. Le principal enjeu de cette élection est la situation précaire des finances de la province. Une dette importante avait été contractée pour la construction d’un chemin de fer et il est question de le privatiser. Un ami du premier ministre Chapleau, Louis-Adélard Sénécal, avait beaucoup profité de cette situation, ce qui fait crier les libéraux au scandale. »

 

Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau soulignent que les « coups sont brutaux, mais ne semblent pas porter. Dès l’annonce des candidatures, le 24 novembre, 12 conservateurs sont confirmés par acclamation contre 5 libéraux, dont certains qui ne s’identifient pas par cette étiquette. […] La déroute libérale se précise le 2 décembre. Chapleau, qui a ratissé la province, récolte une victoire facile. […] Il ne reste aux libéraux qu’une dizaine de sièges. Des chefs de file comme Joly de Lotbinière, Félix-Gabriel Marchand et Honoré Mercier reviendront à l’Assemblée législative. Cette défaite cuisante, trois ans après que les libéraux eurent regardé les conservateurs dans les yeux en 1878, marque néanmoins un recul que La Minerve salue avec enthousiasme : “Jamais succès pareil n’a été vu au Canada. Ce n’est pas une victoire, c’est un écrasement, un anéantissement. Si le parti libéral n’est pas aplati, il est réduit à sa plus simple expression.” »

Le gouvernement Chapleau est maintenu au pouvoir lors de l’élection du 2 décembre 1881. Les conservateurs font élire 49 députés avec 50 % des votes et les libéraux 15 députés avec 39 % des votes. Il y a un conservateur indépendant.

 

President

Résultats de l'élection québécoise de 1878 dans la circonscription de Montréal-Est.

Musée virtuel d'histoire politique du Québec

 Élu orateur (président) de l’Assemblée 

 

Le Dictionnaire biographique du Canada explique que c’est « en raison de sa contribution à la victoire conservatrice, de son aide aux élections partielles de 1880 et de ses résultats impressionnants dans sa circonscription [à l’élection de 1881], Chapleau proposa sa nomination à la présidence de l’Assemblée. »

 

Jacques Lacoursière écrit dans Monsieur le Président que « le premier ministre conservateur Joseph-Adolphe Chapleau, qui avait proposé sa candidature avec l’appui du député de Brome, William Warren Lynch, avait insisté sur ses connaissances du droit et de la pratique parlementaire. “L’aménité de son caractère, sa courtoisie, avait-il ajouté, ne sont pas moins des qualités précieuses qui en feront un président qui saura toujours donner à nos délibérations et à nos discussions le véritable caractère qu’elles doivent avoir.” Quant au chef de l’Opposition, Henri-Gustave Joly de Lotbinière, il souligne que “le gouvernement ne pouvait faire un choix qui fut plus agréable à l’Opposition”. »

 

Lacoursière ajoute que « lors de la cérémonie d’intronisation du nouvel orateur, le sergent d’armes remet à ce dernier un bouquet de fleurs naturelles. Taillon, déjà reconnu pour ses mots d’esprit, ne peut alors s’empêcher de déclarer : “Je souhaite que l’atmosphère de la Chambre sera toujours assez pure pour ne pas faner ces jolies fleurs qui semblent, par avance, implorer la tendresse et la pitié des discutants. » Cette remarque soulève les rires et les applaudissements des membres de l’Assemblée et des invités. » En ce sens, Rumilly souligne que « Taillon, Orateur, observe une neutralité bienveillante pour le ministère (gouvernement) ».

 

Jacques Lacoursière précise que « pendant la deuxième session de la cinquième Législature, Taillon utilise son vote prépondérant une seule fois, soit le 13 février 1883, au sujet de l’admission de quelqu’un à la Chambre des notaires. Toujours lors de la session 1883, on lui demande si l’expression “lâchement” est parlementaire. La réponse est que le mot est un peu vif, mais que, depuis le commencement des travaux parlementaires, il a déjà été employé à plusieurs reprises sans que l’on élève une protestation.

 

C’est sous la présidence d’Olivier Taillon que les appartements de l’orateur de l’Assemblée législative seraient devenus “le salon mondain par excellence de la haute société politique et bourgeoise de Québec”. On rapporte que Taillon organisait, à peu près chaque samedi, des petits concerts “où se voyait à peu près tout ce que notre province contenait de femmes et d’hommes sachant causer, sachant apprécier la vraie musique, saisir les beautés les plus intimes de petits morceaux littéraires dits avec art et brio”. L’orateur avait alors ses appartements dans l’édifice construit en 1859 près de la côte de la Montagne. C’est justement pendant le mandat de Taillon, le 19 avril 1883, quelques jours après la fin de sa dernière session au fauteuil, que cet édifice a été détruit par le feu. »

En ce sens, on apprend dans Québec, quatre siècles d’une capitale que « la Grande Allée est devenue un quartier huppé où demeure l’élite économique et politique de la ville. La proximité de l’hôtel du Parlement fait de ce quartier une véritable antichambre du pouvoir ; il vit au rythme des sessions parlementaires, qui, elles, absorbent l’attention de la ville durant la saison froide. La vie politique à Québec est marquée chaque semaine par des réceptions, banquets et bals qui rivalisent avec le faste de la capitale outaouaise. En 1882, les réceptions hebdomadaires de l’orateur de la Chambre, Louis-Olivier Taillon, réunissent jusqu’à deux cents convives et font, selon L’Électeur, que Québec n’a “rien à envier à la capitale fédérale”. La chose est bien évidente pour d’autres, tel le maire Langelier, qui, moins courtois, qualifie Ottawa “d’abominable trou”. »

 

Taillon agit à titre de président (Orateur) de l’Assemblée législative du 8 mars 1882 au 23 janvier 1884.


LE PRÉSIDENT
 

Peinture du président Louis-Olivier Taillon réalisée par l'artiste Eugène Hamel. 1890.

Collection Assemblée nationale du Québec

Photographie du président Louis-Olivier Taillon réalisée par J.-E. Livernois Limitée.

Collection Assemblée nationale du Québec

Photographie des députés conservateurs à l’Assemblée législative de Québec. 1883. J.-E. Livernois Limitée.

Fonds Assemblée nationale du Québec

Ministre

Le ministre

Joseph-Adolphe Chapleau démissionne le 29 juillet 1882 pour devenir secrétaire d’État dans le Cabinet Macdonald au fédéral. Ironiquement, son successeur sera Joseph-Alfred Mousseau, qui occupait le même poste de secrétaire d’État. Mousseau est désigné premier ministre et est assermenté le 31 juillet 1882. Il démissionne à son tour le 22 janvier 1884 à la suite de sa nomination comme juge à la Cour supérieure du Québec. John Jones Ross est désigné premier ministre et est assermenté le 23 janvier 1884.

 

 

 Nommé Procureur général 

 

Lors de l’assermentation du cabinet du premier ministre Ross, Taillon est nommé Procureur général le 23 janvier 1884. Il occupe cette fonction jusqu’au 25 janvier 1887. Selon Rumilly, Taillon représente dans le cabinet les ultramontains, c’est-à-dire les partisans du pouvoir absolu du pape.

 

L’Encyclopédie canadienne présente l’ultramontanisme comme « un courant de pensée dans l’Église catholique qui valorise l’autorité suprême de la papauté en matière de spiritualité et de gouvernance. L’ultramontanisme rejette également les idéaux modernes en faveur d’une suprématie de la foi catholique et de l’Église dans la vie publique. Ce courant de pensée est particulièrement influent dans la société canadienne-française au 19e et au début du 20e siècle. […] Les extrémistes mobilisent des journalistes et des politiciens conservateurs, qui préconisent dès 1871 un programme électoral catholique visant à garantir la suprématie de l’Église dans la vie politique. Au cours des années suivantes, les extrémistes et les partisans du “programme” mènent une croisade antilibérale, dont l’une des conséquences est la naissance du groupe dit des “Castors”, en 1882. »

 

L’Encyclopédie canadienne émet que les « Castors » sont un « groupe de conservateurs dissidents ultramontains formé en 1882. Les castors s’opposent aux premiers ministres conservateurs québécois J. A. Chapleau et J. A. Mousseau, qu’ils accusent de les avoir évincés du pouvoir en s’alliant aux libéraux modérés. »

 

Robert Rumilly spécifie que « [la] première chose à tenter, pour un nouveau gouvernement conservateur, est la réconciliation avec les castors. […] Ross, sans être absolument classé comme ultramontain, offre des garanties suffisantes. » 

 

 

 Élection partielle du 9 février 1884 

 

Comme le veut la pratique de l’époque, son siège de député devint vacant lors de sa nomination au cabinet. Il est réélu sans opposition à l’élection partielle du 9 février 1884.

 

 

 Nommé Chef parlementaire du gouvernement 

 

Le nouveau premier ministre John Jones Ross, est conseiller législatif et donc membre du Conseil législatif, l’ancien sénat québécois. L’Assemblée législative étant réservée aux députés, c’est Taillon qui occupe la responsabilité de chef parlementaire du gouvernement à l’Assemblée législative à la place du premier ministre Ross.

 

Rumilly avance que « privé de l’alliance des castors, Mercier harcèle le gouvernement Ross comme il a fait pour le gouvernement Mousseau. Chaque projet, chaque séance devient le tremplin d’une offensive. Mais surtout, Mercier revendique les prérogatives des provinces, gravement menacées par une série de mesures fédérales dont la loi des licences est la plus typique. […] Le gouvernement Ross, il est vrai, a donné l’ordre d’appliquer la loi provinciale. Cela ne suffit pas. Mercier demande une résistance énergique, et dépose ces résolutions :

 

Que l’Acte de l’Amérique britannique du Nord devait, dans l’opinion de ses auteurs, consacrer l’autonomie des provinces de la Confédération, et que cet acte a réglé d’une manière absolue les pouvoirs respectifs du Parlement fédéral et des législatures provinciales.

 

Que les empiétements fréquents du Parlement fédéral sur les prérogatives des provinces sont une menace permanente pour celles-ci ; et que cette Chambre, justement alarmée de ces empiétements, croit de son devoir d’exprimer sa détermination de défendre tous les droits provinciaux et de proclamer l’autonomie qu’elle possède, telle que consacrée par l’Acte fédéral. »

 

Rumilly bonifie : « Taillon donne l’avis du gouvernement. Lui non plus ne croit pas à l’empiétement systématique et au danger couru par l’autonomie provinciale. Il fait l’éloge de la Confédération et recommande le respect réciproque du pouvoir fédéral et des pouvoirs provinciaux. Au nom du gouvernement, il repousse les résolutions Mercier, acceptant à la place une motion plus anodine de Louis Duhamel (comté d’Ottawa) : l’Assemblée se déclare très attachée à l’autonomie provinciale, et prête à la défendre en cas de péril. À l’issue de ce grand débat, d’un ton élevé — et même, au point de vue des idées, un des grands débats de l’Assemblée législative depuis 1867, — les résolutions Mercier sont rejetées par 36 voix contre 18. »

 

Canadian Pacific Railway

 

Jacques Lacoursière rapporte que « pour les observateurs de la vie politique fédérale, il apparaît que les questions du financement des chemins de fer et de l’autonomie provinciale domineront les débats de la session fédérale qui débute le 17 janvier 1884. […] Le vendredi 1er février, le ministre Tupper présente à la Chambre des Communes une série de onze résolutions dont l’approbation permettrait de consentir un prêt de 2 500 000 $ “pour rescaper le Canadian Pacific Railway acculé à la banqueroute”. Le débat qui suit, note l’historien Donald Creighton, fut un des plus longs et des plus acrimonieux dans la longue et acrimonieuse histoire du chemin de fer transcontinental canadien. Les provinces de l’Est considèrent que le gouvernement fédéral les néglige au profit des provinces de l’Ouest et le Québec est le premier à réagir. Déjà, depuis quelques mois, le gouvernement provincial demandait […] une augmentation du subside fédéral. On apprend, à Ottawa, que plusieurs ministres du cabinet Ross vont se rendre à Ottawa demander au gouvernement fédéral 12 000 $ par mille pour rembourser la province des 12 000 $ par mille qu’elle [la province] a souscrite pour le Canada Central ; elle demandera de plus d’augmenter de 20 cents par tête le subside fédéral, en prenant pour base le dernier recensement. Le 12 février, les ministres québécois Louis-Olivier Taillon, William Warren Lynch et Jean Blanchet arrivent par train dans la capitale canadienne et rencontrent Langevin. Le soir, le trésorier provincial Joseph Gibb Robertson rejoint le trio. Quant au premier ministre Ross, il est retenu à Québec par la maladie et arrivera plus tard. »

 

Le journal Montreal Herald s’offusque contre Taillon. « Il n’y a rien de nouveau dans le programme du procureur général [Taillon] si ce n’est la menace qu’il fait, au nom du gouvernement de Québec de se séparée de la Confédération à moins que la province ne reçoive un subside fédéral plus élevé que celui qu’elle avait d’abord accepté et auquel elle a droit d’après la loi et la Constitution. Un nouveau gouvernement dont le premier acte officiel consiste à proférer une telle menace qui sera distribuée dans tout le Canada et publiée aux États-Unis et en Europe, fournit la preuve qu’il est encore plus imbécile que le gouvernement qui, l’autre jour, se retirait avant qu’un seul coup ait été frappé dans la Législature. C’est un spectacle dégoûtant et propre à faire lever le cœur de voir le leader du gouvernement de Québec compromettre la population de la province au point de la faire passer pour un ramassis de mendiants et de forts à bras, de quêteux et de brigands ; de le voir déclarer publiquement que son gouvernement, qui s’est traîné aux pieds du Parlement, s’il ne reçoit pas des faveurs auxquelles il n’a pas droit, fera repentir la Puissance qui aura repoussé la requête du mendiant. Cela est dégoûtant parce que personne mieux que ce procureur général novice ne connaît l’inanité de ces menaces ; personne ne sait mieux que lui qu’une force de cinquante mille chevaux ne pourrait pas éloigner de la crèche fédérale les politiciens de Québec ; que Québec est déjà la province la plus favorisée de la Confédération ; qu’elle n’a aucune réclamation à faire, si ce n’est au nom de la charité ; que ses ressources ont été gaspillées par des “jobbers” politiques, des voleurs et des extravagances sans précédent dans l’histoire de la Confédération ; que ses embarras financiers ont été causés par sa propre population, dans son propre gouvernement et dans sa propre législature. […] Ici, à Québec, nous sommes habitués à entendre des hommes politiques menacer, en imposer par des menaces et faire des déclarations bruyantes qui sont ordinairement faites sous empire du whisky, plutôt que l’énoncé calme d’hommes publics sérieux, et nous pensons bien peu de ces hommes. Mais, dans le cas du procureur général, les faits sont différents ; nous avons caractérisé sa menace de mal avisée et d’insensée et elle est à la fois l’un et l’autre. Mais c’est la déclaration officielle du gouvernement. C’est l’énoncé de la politique du gouvernement. Elle est mise au jour dans un moment critique. »

 

Jacques Lacoursière précise que « les délégués québécois rencontrent les membres du cabinet fédéral le 14 février et exposent leurs demandes. Quatre jours plus tard, alors qu’aucune décision n’a encore été prise et que la Chambre des communes étudie en priorité les résolutions de Tupper sur le prêt au Canadien Pacifique, les députés francophones se réunissent en caucus pour décider d’une action commune à prendre relativement au Canadien Pacifique et aux réclamations provinciales. Ils veulent lier leur vote sur les résolutions Tupper à l’octroi d’une subvention à la province de Québec. On promet les 12 000 $ et bien d’autres choses. Le plus important pour Macdonald est de gagner du temps et d’amener ses partisans à voter avec lui. Par 137 voix contre 62, le prêt de 2 500 000 $ est consenti au Canadian Pacific Railway. Mais la question de l’autonomie provinciale ne perd rien de son acuité. »

 

Le Dictionnaire biographique du Canada écrit que « Taillon accepta de servir à titre de procureur général et de leader du gouvernement en Chambre sous John Jones Ross, même s’il aurait préféré Louis-Rodrigue Masson comme premier ministre. […] Il appuya les restrictions financières de Ross et, en tant que tacticien parlementaire, il aida le gouvernement à naviguer au milieu des différends religieux et politiques. L’attitude de la province à la suite de la rébellion du Nord-Ouest déclencha une controverse au centre de laquelle il se retrouva avec Ross. Tous deux soutinrent le gouvernement fédéral dans sa décision de laisser pendre Riel, ce qui indigna un grand nombre d’ultramontains du Parti conservateur, mais ils tentèrent de faire en sorte que la province garde ses distances vis-à-vis cette décision. Taillon craignait que, en prenant position sur une affaire de compétence fédérale, la province de Québec se trouve affaiblie. »

 

 

Un jardin botanique à Montréal ?

 

En avance sur son temps, Taillon appui, le 13 avril 1885, une motion à demandant la création d’un jardin botanique à Montréal. Selon Wikipédia, « L’idée de doter Montréal d’un jardin botanique d’envergure flottait déjà dans l’air au milieu du XIXe siècle. En 1863, le géologue de l’Université McGill, John William Dawson propose la création d’un jardin botanique. Le projet n’a pas de suite, mais l’idée est reprise en 1885 par la Montreal Botanical Garden Association qui obtient des subventions pour la création d’un jardin sur le Mont-Royal. Le projet échoue lui aussi en raison de problèmes administratifs. » L’actuel Jardin botanique de Montréal est fondé le 9 juin 1931 par le frère Marie-Victorin.


LE MINISTRE
 

Portrait du premier ministre du Québec Joseph-Alfred Mousseau.

Collection Dave Turcotte

Portrait du premier ministre du Québec John Jones Ross.

Collection Dave Turcotte

Journal La Gazette de Joliette. 31 décembre 1891. Page 2.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Photographie du ministre Louis-Olivier Taillon. 1884. Jules-Ernest Livernois.

Musée de la civilisation, fonds d'archives du Séminaire de Québec

Lettre de Louis-Olivier Taillon à l'abbé Hospice-Anthelme Verreau. Il l'informe qu'il n'a pas d'objection à prêter les deux castors à Archambault. 21 juin 1884.

Musée de la civilisation, collection du Séminaire de Québec, fonds Viger-Verreau

Premierministre

Le premier ministre

 Élection québécoise du 14 octobre 1886 

Wikipédia expose que « Henri-Gustave Joly de Lotbinière avait cédé son poste de chef du Parti libéral à Honoré Mercier en 1883, après 16 ans pendant lesquels il n’avait été au pouvoir que 19 mois. […] La pendaison de Louis Riel le 16 novembre 1885 causa une grande commotion au Québec. L’appui aux conservateurs et en particulier à John A. Macdonald chuta. Mercier regroupa sous le nom de Parti national les libéraux et des conservateurs mécontents. Ce fut sous ce nom que les libéraux firent campagne. Pour la première fois, l’autonomie de la province de Québec fut au cœur de la campagne électorale. »

 

Robert Rumilly croit lui aussi que cette élection est difficile pour les conservateurs. « Le 6 septembre, dans une nouvelle assemblée contradictoire tenue à Saint-Jean de l’île d’Orléans, […] Mercier se cantonne dans la politique provinciale. Le député de ce comté est [Louis-Georges] Desjardins, cet homme d’ordre — et de parti —, sévère sur la morale et sur la discipline […] et qui croit — sincèrement, sans aucun doute — à la culpabilité de Riel. Mercier est courtois à son égard, et parle sur trois points : la vente du chemin de fer du Nord ; l’augmentation des taxes ; les dépenses et la dette croissantes. Il dépièce le budget. Il aligne des colonnes de chiffres. Taillon a du mal à lui répondre, car l’assemblée devient tumultueuse. On chante : « Pas d’Thibault ! pas d’Thibault ! », avec cette variante : « Pas d’Taillon ! ». »

 

Rumilly additionne : « Les chefs politiques se jettent sur le comté de Lotbinière, où se discute d’une manière pratique la question de la solidarité du gouvernement provincial avec le gouvernement fédéral dans l’affaire Riel. […]. Trois ministres du cabinet provincial, Louis-Olivier Taillon, Edmund James Flynn et Jean Blanchet s’établissent dans le comté, escortés par leur état-major habituel. Taillon, l’une des figures les plus énergiques — et les plus en vedette — de la politique provinciale n’a pas bronché lors de l’assemblée du Champ de Mars, ni depuis. Sommé par des groupes d’électeurs de donner son avis et de répudier la « politique de la corde », il a gardé le silence. Il intervient enfin dans l’élection de Lotbinière, en demandant aux électeurs de ne pas laisser les questions fédérales envahir le domaine provincial, dans l’intérêt même de l’autonomie québécoise. […] À l’image de leur ancien député Joly, les fermiers montrent une civilité délicate. Ils écoutent poliment Taillon […]. Taillon est digne ».

 

Rumilly ajoute qu’à « Montréal, Taillon seul fait tête. Il se démène tant que sa longue barbe en tremble. Encore sa situation personnelle est-elle épineuse, car il se trouve aux prises, dans Montréal-Est, avec David, qui soulève les patriotes. Pagnuelo, chauve au front large, au menton volontaire, soutient parfois son ami Taillon. Mais Louis-Philippe Pelletier l’attaque, ardent, acharné, pathétique. Un jour, sur l’estrade, il prend Taillon par le bras pour l’adjurer de blâmer l’exécution de Riel. »

 

Toujours selon Rumilly, « Mercier paraît à Montréal-Est, où David, secondé par les jeunes avocats libéraux comme Calixte Lebeuf et Rodolphe Lemieux, se bat contre Taillon, le plus brave des chefs conservateurs. Mercier arrive à Montréal-Est, le quartier populeux et frondeur funeste à Georges-Étienne Cartier, à l’issue d’une étourdissante randonnée à travers la Province. Il possède un élan, une assurance, un ton de victoire. Les jeunes gens le suivent toujours, fourbus, un éclat de fièvre dans les yeux. Cette campagne laissera une forte empreinte sur toute la génération entrant alors dans la vie active. Mercier n’en appelle pas aux libéraux, mais aux « patriotes ». Au marché Papineau, David répète : « Je ne suis pas le candidat des libéraux, mais celui de tous les patriotes ». David manque de puissance, mais il brûle de foi patriotique. Il évoque les grands ancêtres — ceux de 37. […] À Montréal, le comité du parti national est installé aux bureaux de Geoffrion et Cie, place Saint-Lambert. Dans la rue, le soir du 14 octobre, la foule attend les résultats sous la pluie et le vent. Les premiers rapports annoncent la victoire de David, qui doit paraître à la fenêtre ; il est enroué ; Rodolphe Lemieux harangue la foule à sa place. On entonne La Marseillaise ; échange des horions avec les ministériels qui stationnent devant des bureaux voisins, ceux du Monde ; et l’on hisse un transparent avec cette inscription : Riel est vengé ! »

 

Le gouvernement conservateur du premier ministre Ross perd l’élection du 14 octobre 1886. Les libéraux font élire 33 députés avec 39 % des votes et les conservateurs 26 députés avec 46 % des votes. Il y a 3 députés conservateurs indépendants et 3 députés nationalistes. Malgré la majorité libérale, les conservateurs tentent de s'accroucher au pouvoir, espérant le ralliement des 6 députés conservateurs indépendants et nationalistes.

 

 

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Résultats de l'élection québécoise de 1886 dans la circonscription de Montréal-Est.

Musée virtuel d'histoire politique du Québec

 Élection partielle du 11 décembre 1886 

Battu dans Montréal-Est par le célèbre avocat, journaliste et historien Laurent-Olivier David, Taillon se fait élire dans la circonscription de Montcalm à l’élection partielle du 11 décembre 1886 provoquée par la démission en sa faveur du député Jean-Baptiste-Trefflé Richard. Taillon commente ainsi l’événement : « J’ai perdu Montréal, mais j’ai conservé mon calme. »

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Résultats de l'élection québécoise de 1886 dans la circonscription de Montcalm.

Musée virtuel d'histoire politique du Québec

 Nommé premier ministre du Québec 

 

Rumilly explique qu’un « très faible déplacement de voix ferait basculer d’un côté à l’autre une précaire majorité. Ross et Taillon peuvent espérer le ralliement de deux ou trois conservateurs nationaux. Et surtout, les conservateurs fédéraux, John A. Macdonald, Langevin et Caron, secondés par Tarte, poussent Ross à garder son poste. Car ils craignent que Mercier, au pouvoir, n’emploie toute son influence contre eux aux élections fédérales. [John A.] Macdonald conseille [au lieutenant-gouverneur] Masson d’appeler, non pas Mercier, mais un autre chef conservateur. Le lieutenant-gouverneur Masson n’approuve guère cette tactique. Excédé par les conseils des uns et les remontrances des autres, épié par les divers groupes qui cherchent à l’influencer, et très impressionné par l’affaire Riel, il pense à démissionner pour raisons de santé. John A. Macdonald l’en dissuade ».

 

Constatant son incapacité à gouverner, Ross démissionne finalement le 25 janvier 1887. Agissant comme chef parlementaire du gouvernement, il revient tout naturellement à Taillon de former un gouvernement. Les conservateurs croient qu’il serait « peut-être capable de ramener dans le giron du parti les ultramontains, qui détenaient la balance des pouvoirs ». Le même jour, le 25 janvier 1887, Taillon est assermenté 8e premier ministre du Québec. Son cabinet comprend deux francophones et trois anglophones.

 

 

 Cabinet de Louis-Olivier Taillon, 8e premier ministre du Québec, le 25 janvier 1887 : 

 

Louis-Olivier Taillon : Premier ministre, président du Conseil exécutif, procureur général

Jean Blanchet : Secrétaire et Registraire

Edmund James Flynn  : Solliciteur général

William Warren Lynch : Terres de la Couronne

 Nomination le 26 janvier 1887 : 

 

Joseph Gibb Robertson  : Trésorier provincial

 

 Nominations le 27 janvier 1887 : 

 

Henry Starnes (conseiller législatif) : Agriculture et Travaux publics

 

4 jours seulement

Rumilly précise que « parfois plaisanté sur sa longue barbe, ou sur la voix de baryton dont il tire fierté, Taillon est estimé pour sa droiture, son intégrité. On admire la sincérité avec laquelle il porte, depuis dix ans, le deuil de sa femme, perdue après quelques mois de mariage. Avec l’estime générale, Taillon possède de I’expérience, de l’énergie, et l’amitié du lieutenant-gouverneur. Mais un cabinet Taillon diffère peu du cabinet Ross, représenté par Taillon à la Chambre. Et surtout, les nationaux ne se laisseront pas frustrer de leur victoire. »

 

La session parlementaire débute le 27 janvier 1887. Au cœur de cette querelle politique, Félix-Gabriel Marchand, futur premier ministre du Québec, est élu orateur, président comme on dit de nos jours, de l’Assemblée législative.

 

Jacques Lacoursière écrit : « Le 27, les députés se réunissent pour choisir un orateur. C’est l’occasion du premier affrontement majeur. On sent partout que l’atmosphère est surchauffée. Selon la Minerve, "Québec ressemble plutôt à une ville en insurrection qu’à une capitale". Le premier ministre Taillon propose Henri-Édouard Faucher [député] de Saint-Maurice au poste de président de l’Assemblée. La motion est rejetée par [32 voix contre 27]. Mercier propose alors la candidature de Félix-Gabriel Marchand, qui est acceptée par 35 voix contre 27. Ce premier vote est, en quelque sorte, une manifestation de non-confiance à l’égard du ministère Taillon. Le chef de l’opposition demande s’il y a un gouvernement et, si oui, qui le compose. Pour toute réponse, Taillon demande que la séance soit ajournée. »

 

Rumilly ajoute que « Taillon refuse encore de répondre et maintient sa demande d’ajournement. Rejeté par 35 voix contre 28. Il se produit alors un silence. Taillon tire sa barbe alternativement de la main droite et de la main gauche, ce qui trahit chez lui la nervosité. La Chambre attend qu’il s’explique et qu’il agisse… ou se démette. Taillon prétend que le lieutenant-gouverneur ne l’autorise pas à fournir les explications demandées par le chef de l’opposition. Mercier : Y a-t-il un gouvernement ? Taillon : — S’il n’y en avait pas, la Chambre n’aurait pas été convoquée. Lynch essaie de défendre son chef. Mais Mercier mène le bal. Il prononce un discours vigoureux contre ceux qui "usurpent" le pouvoir depuis trois mois. Et il propose lui-même l’ajournement, voté dans un brouhaha intense. L’excitation s’étend dans les couloirs et même parmi la foule qui stationne aux portes du Parlement. Après Chapleau, Mousseau et Ross, Taillon est vaincu. Premier ministre depuis quatre jours, n’ayant en somme exercé que pendant vingt-quatre heures, il démissionne. Il s’est bien battu. »

 

Jacques Lacoursière rapporte que le lendemain, le 28 janvier « le lieutenant-gouverneur se rend au Parlement, félicite l’Assemblée pour le choix de l’orateur et convoque les députés pour le mercredi, 2 février. Le [29 janvier], à dix-huit heures, un nouveau ministère, présidé par Mercier, est assermenté, mais comme il est à peu près impossible de procéder immédiatement aux travaux sessionnels, l’Assemblée est à nouveau ajournée au 16 mars. » C’est la dernière fois dans l’histoire du Québec qu’un gouvernement est renversé en Chambre.

 

Le Dictionnaire biographique du Canada raconte que « des années plus tard, Taillon attribuerait la chute du gouvernement Ross non pas tant à l’exécution de Riel qu’à l’opposition d’une partie du clergé à la loi de 1885 sur les asiles. Cette loi autorisait des organisations telle l’Église catholique à administrer des asiles d’aliénés, mais stipulait que l’État, en échange de sa contribution financière, nommerait un bureau médical qui superviserait les établissements et leur personnel médical. Bon nombre d’évêques et d’autres religieux craignaient que, ensuite, l’État mette son nez dans des établissements du même genre, les hôpitaux par exemple. Aussi menèrent-ils une lutte acharnée contre la loi. La victoire de l’État créa du ressentiment chez les ultramontains les plus radicaux, qui voulaient que le gouvernement subventionne les établissements sans demander des comptes. Cependant, Taillon avait tort de croire que cette question avait été un facteur déterminant de la défaite du gouvernement Ross. »


PREMIER MINISTRE
 

Lettre de Louis-Olivier Taillon à l'abbé Hospice-Anthelme Verreau. Il l'informe qu'il doit remettre sa demande concernant la charge de régistrateur du comté de l'Islet aux ministres qui s'occupent plus particulièrement de cette partie de la province. 2 mars 1896.

Musée de la civilisation, collection du Séminaire de Québec, fonds Viger-Verreau

Galerie nationale : Les gouverneurs et les premiers ministres de Québec 1867-1920. 1920.

Collection Alain Lavigne

Le chef de l'opposition

 Chef de l’opposition de 1887 à 1890 

 

Taillon devient le chef de l’opposition. Le Dictionnaire biographique du Canada énonce que « tout en attaquant les dépenses excessives de Mercier, il lui reprocha de monter les anglophones contre les francophones au moyen de l’Acte relatif au règlement de la question des biens des jésuites. »

 

Robert Rumilly avance dans Honoré Mercier et son temps que « Taillon, chef de l’opposition, est moins vigoureux qu’on ne s’y attendait. Il reste sur la défensive, plaidant pour le cabinet Ross et passant sous silence son propre gouvernement de 24 heures. Il s’étonne de ne pas apprendre la suppression du Conseil législatif, tant réclamée naguère par les libéraux, Mercier en tête. Après avoir bien combattu, l’honnête Taillon prend son parti de la défaite. Au cours d’un dîner au Club de la Garnison, ses amis lui offrent une canne à pommeau d’or. « C’est la première fois, dit Taillon, que la politique me met de l’or dans la main. » Puis il se reprend : « Non, ce n’est pas la politique, c’est l’amitié. » Le mot est joli, et peint l’homme. Mais des conservateurs regrettent de ne pas avoir décidé Angers à prendre le commandement. »

 

Rumilly rappelle que « [la] session s’ouvre le 15 mai (1888) dans une atmosphère étonnante de calme : la bonace des marins. L’opposition et les ministres font assaut de courtoisie. Joseph-Émery Robidoux, député de Châteauguay, prononce des discours fleuris. « L’honorable député », dit Taillon, « nous offre un bouquet de fleurs les plus variées ; il y manque seulement des pensées. » Taillon ne va guère au-delà de pareilles boutades, souvent spirituelles et toujours sans méchanceté. Décidément, il ne retrouve plus l’énergie déployée pendant la campagne électorale. Même lui ne se sent pas de force à persévérer contre le victorieux. Mercier n’a rencontré qu’un seul adversaire à sa taille : Chapleau. Les conservateurs provinciaux attribuent à leur chef des aspirations à la magistrature. »

 

Suite à la chute de son gouvernement, « les conservateurs fédéraux offrent à Taillon un siège à la Cour supérieure du Québec, mais, bien qu’il eût protesté du contraire, il aime trop la politique pour devenir juge. »

 

 

 Élection québécoise du 17 juin 1890 

 

Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau présentent le portrait politique québécois de l’époque ainsi : « Les libéraux québécois semblent finalement émerger comme une force politique au cours des années 1880. La performance des troupes d’Honoré Mercier, le 14 octobre 1886, et celle des libéraux fédéraux au Québec lors des élections générales du 22 février 1887 – 24 sièges sur 65 et 41,7 % des voix — tendent à indiquer qu’une véritable alternance politique est peut-être en train de s’installer. »

 

Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau mettent de l’avant que le « défi du chef conservateur Louis-Olivier Taillon, qui dirige l’opposition depuis 1887, consiste à freiner cette poussée, notamment en cherchant à contrer le message d’unité des Canadiens français de Mercier. La presse conservatrice reproche par exemple à ce dernier d’écarter les candidats conservateurs nationaux de leurs comtés au profit de libéraux. »

 

Wikipédia révèle que « la campagne d’Honoré Mercier est centrée sur le thème de l’autonomie provinciale. La question des frontières du Labrador est également évoquée. De leur côté, les conservateurs reprochent à Mercier d’hypothéquer les finances de la province. »

 

Jacques Lacoursière écrit : « À ceux qui lui reprochent d’avoir obéré les finances de la province, Mercier répond qu’il a aidé les classes ouvrière et agricole ; qu’il a établi des cours du soir pour les adultes ; qu’il a amélioré les moyens de communication et qu’il veut construire un pont entre Québec et Lévis… Pour le chef de l’opposition conservatrice, l’important est d’assainir les finances de la province qui, avec Mercier, court à la banqueroute. Le programme du parti de Taillon est clair : “Décréter que désormais le gouvernement ne pourra contracter d’emprunt permanent sans l’approbation du peuple par un plébiscite ; […] interdire par une loi l’usage de lettres de crédit ; […] rendre aux employés publics leur droit de vote et aux réviseurs fédéraux le droit de se porter candidats à la Législature provinciale ; […] réformer la loi des licences afin de réprimer l’intempérance.” Taillon lance un appel général : “Debout honnêtes gens, qui condamnez les faux serments, la dilapidation, la concussion, le chantage, l’achat des consciences et la corruption qui souillent et déshonorent depuis trois ans notre province. N’ayez en vue que les intérêts de la province de Québec, que les intérêts de la nation.” »

 

Rumilly raconte que « [le] premier ministre [Mercier] est élu par acclamation. Mercier a offert un pacte à Taillon, chef de l’opposition, et à Blanchet, malade et alité : Nous vous laisserons réélire par acclamation, pourvu que vous rendiez la politesse à deux ministériels. Courageux — et scrupuleux —, Taillon et Blanchet refusent : on leur mènera la vie dure. Taillon cherche à reprendre à Arthur Boyer le comté de Jacques-Cartier, représenté avant lui par deux conservateurs, Le Cavalier et [l’ex-premier ministre] Mousseau. Mais Boyer est jeune et combatif ; d’autres jeunes le secondent, sans révérence pour le prestige du chef de l’opposition, ni pour sa barbe de roi mage. » Taillon aurait peut-être dû accepter l’offre de Mercier, car il est finalement défait dans la circonscription de Jacques-Cartier.

 

Le gouvernement libéral de Mercier est réélu lors de l’élection du 17 juin 1890. Les libéraux font élire 43 députés avec 44 % des votes et les conservateurs 23 députés avec 45 % des votes. Les autres sièges sont répartis entre un député ouvrier, un conservateur indépendant et cinq nationalistes.

Opposition
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Résultats de l'élection québécoise de 1890 dans la circonscription de Jacques-Cartier.

Musée virtuel d'histoire politique du Québec

La chute de Mercier

 

Lionel Fortin explique qu’à « l’automne 1891, le gouvernement Mercier fut compromis quand éclata le scandale de la baie des Chaleurs. Les conservateurs avaient découvert qu’Ernest Pacaud, le trésorier du parti de Mercier, avait encaissé une part dans l’octroi voté pour la construction d’un chemin de fer à la baie des Chaleurs. Cet événement devait servir de tremplin aux conservateurs et précipiter la chute de Mercier qui fut lui-même accusé d’avoir trempé dans l’affaire. »

 

Taillon et les conservateurs ne dérougissent pas. Ils critiquent impitoyablement le premier ministre Mercier. Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau indiquent que le « lieutenant-gouverneur Auguste-Réal Angers tire ses propres conclusions. Le 16 décembre, il retire sa confiance à Mercier. Pour le remplacer à la tête du gouvernement, il appelle un ex-premier ministre, le conservateur Charles-Eugène Boucher de Boucherville. Ironie du sort, ce dernier avait lui-même été démis en mars 1878 par le lieutenant-gouverneur Luc Letellier de Saint-Just qui avait alors nommé un libéral, Henri-Joly de Lotbinière, pour lui succéder. Lui-même un conservateur, Angers siégeait à ce moment dans le cabinet de Boucherville ! »

 

Le 21 décembre 1891, le conservateur Charles-Eugène Boucher de Boucherville, qui a été premier ministre de 1874 à 1878, est de nouveau assermenté ainsi que son cabinet. Après un bref retour à la pratique du droit, Taillon revient en politique active et est assermenté ministre sans portefeuille.

 

Rumilly évoque qu’une « foule beaucoup plus considérable et plus représentative de toutes les classes accueille les nouveaux ministres à la gare Dalhousie. Les mêmes citoyens qui ont dix fois escorté aux flambeaux la voiture de Mercier escortent aux flambeaux la voiture de Boucherville et de Taillon. Au Manège militaire, transformé en fourmilière humaine, une grande acclamation salue les ministres. Taillon s’écrie : « M. Mercier a tout ruiné. Nous voulons réparer le mal. Voulez-vous nous donner votre concours ? » — « Oui ! Oui ! » répond la foule. »

 Élection québécoise du 8 mars 1892 

 

Minoritaire, le nouveau premier ministre Boucher de Boucherville déclenche une élection le 23 décembre 1891. Il peut compter sur Taillon, « volontiers facétieux malgré l’apparence patriarcale de sa grande barbe, mais énergique et de nouveau acharné » aux dires de Rumilly. « Taillon tient une assemblée à Marieville, le 21 janvier […]. Mercier s’y rend […]. Taillon lui lance ces mots à la figure : “Avant d’arriver au pouvoir, vous n’aviez pas de propriétés, pas de voitures ni de chevaux ; […] M. Pacaud n’avait pas de crédit dans les banques.” Les cabaleurs forts en gueule hurlent de joie. »

 

Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau relatent que « Mercier sillonne la province, parlant des réalisations de son gouvernement et du thème qui lui est cher : l’autonomie provinciale. Le scandale de la Baie-des-Chaleurs domine cependant les enjeux. […] Consciente du fardeau que constitue cette histoire, la presse libérale fouille dans les placards et dépoussière de vieux scandales conservateurs. Elle cherche aussi à mettre l’accent sur la légitimité de la décision “politique” du lieutenant-gouverneur Angers […]. La “conspiration de Spencer Wood” n’aurait cependant pas même effet sur la population que le sentiment qu’ont plusieurs d’avoir été floués par des libéraux opportunistes dont le train de vie fait les choux gras de la presse conservatrice. […] La coalition réunie par [Mercier] en 1890 sort néanmoins éclaboussée par ce scandale. Le nombre de dissensions ou de députés prenant leur distance de l’ex-premier ministre inspire à La Minerve ce sarcasme : “Si la lutte électorale durait quelque temps encore, M. Mercier lui-même se ferait indépendant.” Si le scandale divise les libéraux, il unit leurs adversaires qui, dans certains cas, rentrent au bercail après un flirt avec le Parti national. Aux yeux de l’historien Gilles Gallichan : “Mercier, qui avait tant souhaité une union sacrée des Canadiens français, semble bien l’avoir réalisée, mais cette fois contre lui.” »

 

Le gouvernement Boucher de Boucherville est maintenu au pouvoir lors de l’élection du 8 mars 1892. Les conservateurs font élire 51 députés avec 52 % des votes et les libéraux 21 députés avec 44 % des votes. Il y a un député conservateur indépendant. Taillon est élu député de Chambly.

 

Rumilly déclare qu’à « Montréal, Taillon, le sénateur Tassé et d’autres chefs du parti vainqueur convertissent en tribune les marches du château de Ramezay. Taillon, la barbe épanouie, s’écrie : “Il fait encore bon être Canadien !” D’autres haranguent la foule des fenêtres de L’Étendard, d’autres encore des fenêtres de La Presse. D’aucuns prétendent que Mercier va se retirer de la vie publique. “II ne le faut pas, s’écrient les plus enragés. Il faut qu’il paie sa dette !” Mercier vient de rentrer à Québec. Des manifestants montés de la basse-ville le conspuent. Ce doivent être les mêmes qui l’ont acclamé à son [apogée]. Ils crient : “À bas les voleurs !” »

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Résultats de l'élection québécoise de 1892 dans la circonscription de Chambly.

Musée virtuel d'histoire politique du Québec


CHEF DE L'OPPOSITION
 

Portrait du premier ministre du Québec Honoré Mercier.

Collection Dave Turcotte

Lettre du premier ministre Honoré Mercier au lieutenant-gouverneur Auguste Réal Angers sur l'affaire de la Baie des Chaleurs. 19 septembre 1891.

Collection Dave Turcotte

PM2

Le premier ministre

 Nommé Chef parlementaire du gouvernement 

Tout comme dans le gouvernement de John Jones Ross, Taillon est chef parlementaire à l’Assemblée législative dans le deuxième gouvernement de Charles-Eugène Boucher de Boucherville, car ce dernier ne pouvait y siéger, étant membre du Conseil législatif.

 

Robert Rumilly soumet que « Taillon dirige les forces ministérielles à la Chambre. Pur de mœurs, capable de violence dans les combats politiques, il impose le respect presque à l’égal du premier ministre. Plus vivant, plus combatif que de Boucherville, et à l’occasion spirituel — plusieurs de ses boutades resteront fameuses — il n’a ni le lyrisme de Chapleau, ni cette étonnante et convaincante plausibilité de Mercier, propre à opérer des conversions parmi les auditoires non prévenus. Taillon commence un discours, s’échauffe progressivement, puis l’argumentation et le débit faiblissent, donnent l’impression d’une chute, d’un trou. L’orateur repart, s’échauffe de nouveau, jusqu’à un nouvel arrêt, un nouveau trou. Troisième départ ; et ainsi de suite. Mais à la moindre interruption, gare à la riposte ! »

 

Rumilly ajoute « Mercier ne prenant pas son siège, l’opposition doit se choisir un chef. […] Marchand se trouve désormais le seul siégeant à la Législature depuis la Confédération. Lui aussi possède des vertus privées et l’estime de ses adversaires. Il a très discrètement réprouvé les habitudes de Mercier, les dépenses de son régime. Enfin, il jouit de l’amitié, de la gratitude même de Laurier, pour avoir appuyé son entrée dans le cabinet fédéral en 1876 et 1877. Les libéraux le mettent à leur tête. Marchand sera le chef sans éclat, mais rassurant, un peu nécessaire après la turbulence des dernières années. Il n’est pas très éloquent, mais courtois, lettré, spirituel. Les assauts d’esprit de Taillon et de Marchand mettent les calembours à la mode au point que cela devienne, à Québec, une scie. »

 

 Nommé premier ministre du Québec 

Charles-Eugène Boucher de Boucherville démissionne le 13 décembre 1892 suite à la nomination de l’ancien premier ministre conservateur Joseph-Adolphe Chapleau à titre de lieutenant-gouverneur. Les relations entre les deux hommes étaient tendues. Rumilly explique que « Chapleau appelle la plus forte personnalité du ministère, Taillon, ancien ultramontain, mais qui se trouve aujourd’hui à mi-chemin des deux fractions conservatrices. Taillon accepte, devient premier ministre et conserve les mêmes collaborateurs. » Taillon devient de nouveau premier ministre du Québec le 16 décembre 1892.

 

 Cabinet de Louis-Olivier Taillon, 8e premier ministre du Québec, le 16 décembre 1892 : 

Louis-Olivier Taillon : Premier ministre, président du Conseil exécutif, trésorier (intérim)

Louis Beaubien : Agriculture et Colonisation

Edmund James Flynn : Terres de la Couronne, Procureur général (intérim)

Louis-Philippe Pelletier : Secrétaire de la province

Guillaume-Alphonse Nantel : Travaux publics

 Nomination le 30 décembre 1892 : 

John Smythe Hall : Trésorier

 Nomination le 31 décembre 1892 : 

Thomas Chase Casgrain : Procureur général

 Nomination le 1er février 1893 : 

Thomas Chapais (conseiller législatif) : ministre sans portefeuille

 Nomination le 8 novembre 1893 : 

John McIntosh : ministre sans portefeuille

 Nomination le 6 octobre 1894 : 

Louis-Olivier Taillon : Trésorier

 Nomination le 8 février 1895 : 

Alexander Webb Morris : ministre sans portefeuille

 Nomination le 28 février 1895 : 

Michael Felix Hackett : Président du Conseil exécutif

 Élection partielle du 31 décembre 1892 

Comme le veut la pratique de l'époque, son siège de député devint vacant lors de son assermentation comme premier ministre. Il est réélu sans opposition dans Chambly à l'élection partielle du 31 décembre 1892.

Le gouvernement Taillon

Le Dictionnaire biographique du Canada indique qu’un « an plus tard, la générosité de Taillon fut mise à l’épreuve à l’Assemblée. Le 28 décembre 1893, Mercier, qui se mourait du diabète, défendit sa probité devant ses accusateurs, les membres du gouvernement. Les yeux tournés vers Taillon, qui se trouvait de l’autre côté de l’allée, il expliqua que les conservateurs l’avaient ruiné et traîné dans la boue. À présent, ils voulaient piétiner son cadavre. Le parti au pouvoir avait pris tous ses biens, dit-il, mais il lui restait son honneur. On l’avait acquitté des accusations de corruption qui pesaient contre lui. Dans cette atmosphère chargée d’émotion, Taillon se leva, traversa l’allée et donna la main à Mercier. Moins d’un an après, Mercier était mort et Taillon avait toujours la réputation d’être un brave homme. »

 

Le Dictionnaire biographique du Canada soutient qu’à « titre de premier ministre, Taillon fut un administrateur plutôt qu’un chef politique. Son gouvernement mit un frein aux dépenses de celui de Mercier en imposant un régime sévère d’économie. Sa réduction des subventions aux compagnies ferroviaires et ses augmentations de taxes étaient très impopulaires dans la province. Comme Mercier et Boucherville, il soutenait fermement l’agriculture. Les résultats étaient prometteurs. Le fromage québécois se classa dans les premières catégories à l’Exposition universelle de Chicago en 1893. La même année, les trappistes d’Oka mirent sur le marché leur célèbre fromage. Taillon suivit aussi l’exemple de ses prédécesseurs immédiats en appuyant les sociétés forestières qui exploitaient la région du Lac-Saint-Jean. » C’est son gouvernement qui crée les premiers parcs nationaux québécois, ceux de la Montagne-Tremblante et des Laurentides.

 

Lorsqu’il redevint premier ministre du Québec, Taillon séjourne brièvement à l’Hôtel Saint-Louis puis au Château Frontenac à Québec. Il est donc le premier premier ministre québécois à résider au nouveau Château Frontenac, construit en 1892 et inauguré en 1893. D’autres premiers ministres l’imiteront : Maurice Duplessis, Paul Sauvé, Antonio Barette, Daniel Johnson père et fils, Robert Bourassa et Lucien Bouchard.

 

 

 Nommé trésorier provincial 

 

Le Dictionnaire biographique du Canada allègue qu’une « crise assombrit son mandat : l’affaire Hall. Le trésorier de la province, John Smythe Hall, ne voulait pas renouveler un emprunt contracté par le gouvernement en France en 1891. Il souhaitait plutôt obtenir un prêt à Londres par l’intermédiaire de ses sources de langue anglaise à Montréal tandis que Taillon favorisait une renégociation avec le Crédit lyonnais et la Banque de Paris et des Pays-Bas. Taillon remporta cette bataille, mais il perdit l’appui du milieu anglophone des affaires, et Hall démissionna. »

 

Taillon cumule donc la fonction de trésorier provincial du 16 au 30 décembre 1892 et du 6 octobre 1894 au 11 mai 1896.

 


PREMIER MINISTRE
 

Photographie du premier ministre Louis-Olivier Taillon. J.-E. Livernois Limitée

Collection Assemblée nationale du Québec

Discours sur le budget prononcé par l'Honorable L. O. Taillon, premier ministre et trésorier de la province à l'Assemblée législative de Québec. 21 décembre 1894.

Collection Alain Lavigne

Discours sur le budget prononcé par l'Honorable L. O. Taillon, premier ministre et trésorier de la province à l'Assemblée législative de Québec. 20 novembre 1895.

Collection Alain Lavigne

Macarons commémoratifs du premier ministre Louis-Olivier Taillon. Vers 1980.

Collection Dave Turcotte

Citoyen

Le citoyen

 Nommé ministre des Postes 

Il démissionne comme premier ministre du Québec le 11 mai 1896 et comme député à l'Assemblée législative le 13 juin 1896. Il est membre du Conseil privé et ministre des Postes dans le cabinet fédéral Tupper du 11 mai au 9 juillet 1896.

Selon le Dictionnaire biographique du Canada, « une question de compétence fédérale causa d’énormes problèmes à Taillon personnellement et à l’ensemble du Parti conservateur fédéral : la question scolaire du Manitoba. Les conservateurs fédéraux étaient très divisés parce qu’ils n’arrivaient pas à la résoudre. En vue de les aider à rester au pouvoir et à remporter les élections générales de juin 1896, Taillon démissionna du poste de premier ministre le 11 mai et, avec ses collègues Alphonse Desjardins, Auguste-Réal Angers et John Jones Ross, il entra dans le nouveau gouvernement de sir Charles Tupper en qualité de maître général des Postes. Taillon et ses amis étaient très liés à l’Église et voulaient que le gouvernement fédéral légifère pour annuler la décision du Manitoba et restaurer les écoles catholiques. Ils subirent la défaite contre les libéraux de Wilfrid Laurier. »

 

 

 Élection fédérale du 23 juin 1896 

 

Taillon est défait dans la circonscription de Chambly-Verchères. Il démissionne du conseil des ministres fédéral le 8 juillet 1896. Louis-Olivier Taillon n’a donc jamais gagné d’élections québécoises à titre de chef de parti et ne remporte aucun siège de député au fédéral. Malgré sa défaite, Taillon poursuit son implication au sein du parti conservateur.

 

 

 Élection fédérale du 7 novembre 1900 

 

Le Dictionnaire biographique du Canada prétend que Taillon « refusa de rencontrer le délégué apostolique Rafael Merry del Val. Envoyé par Rome à la demande de Laurier, mais à l’encontre des vœux de la plupart des membres de la hiérarchie catholique, ce délégué avait pour mandat d’établir les faits et de ramener la paix au sein de l’Église à la suite du compromis Laurier-Greenway, qui visait à régler l’épineuse question scolaire. Taillon estimait que ce compromis trahissait les catholiques du Manitoba et il le fit savoir publiquement. Les libéraux, affirmait-il, exploitaient la crise à des fins politiques, et les autorités libérales dans leur ensemble préféraient des écoles non confessionnelles. On ne s’étonnera pas qu’il se soit présenté, dans Bagot, aux élections générales fédérales de 1900 ; cependant, il perdit. Là encore, il dénonça le compromis par principe et s’engagea à ne pas laisser tomber l’affaire tant que la population n’aurait pas pris conscience de la trahison de ses élites. »

 

« vénérable vieillard »

Sans se représenter à une élection, Taillon qu’on surnomme affectueusement le « vénérable vieillard » du Parti conservateur continue de soutenir publiquement son parti jusqu’à sa mort. Il agit d’ailleurs comme conseiller auprès de chef québécois conservateur Arthur Sauvé.

 

Le Dictionnaire biographique du Canada évoque que Taillon « avait des sentiments mitigés au sujet de la guerre sud-africaine. Il prit la parole seulement pour reprocher à Laurier d’envoyer des troupes sans avoir consulté le Parlement. En accord avec la politique conservatrice, il s’opposa en 1910 au projet de loi concernant le Service de la marine du Canada, qui visait à créer une marine nationale. »

 

 

 Nommé maître des Postes 

 

Le Dictionnaire biographique du Canada atteste que « pour le remercier des services qu’il avait rendus au parti, sir Robert Laird Borden le nomma maître des Postes à Montréal après la victoire conservatrice en 1911. Taillon exerça cette fonction jusqu’en 1915 et céda la place à un autre fervent conservateur, Joseph-Gédéon-Horace Bergeron. [...] Pendant cette période, il offrit de rédiger ses mémoires si la province lui payait un sténographe. Ce travail aurait enrichi notre historiographie, mais, hélas, le gouvernement libéral de sir Lomer Gouin refusa. À la veille des élections de 1917, Taillon fut nommé président de la section francophone de l’organisation unioniste dans la province de Québec et prononça des discours pour rallier les Canadiens français à la conscription. »

 

 

Implication

 

Généreux tant de son temps que de son argent malgré qu’il soit peu nanti, Taillon œuvre au sein de diverses organisations :

  • Commissaire du Municipal Loan Fund (1880 à 1882)

  • Vice-président du Liberal-Conservative Club of Montreal (dans les années 1890)

  • Fondateur et premier président du Club Lafontaine (1903)

  • Promoteur de la Ligue antialcoolique de Montréal (1907)

  • Membre du conseil d’administration de la Banque internationale du Canada (1911).

 

 

Distinctions

 

Lorsqu’il est premier ministre, il reçoit en 1895, un doctorat honorifique en droit civil du Bishop’s College de Lennoxville et la succursale de l’université Laval à Montréal lui décerne un doctorat honorifique en droit en 1901. Il est créé chevalier commandeur de l'Ordre de Saint-Michel et Saint-George (sir) en 1916.

 

 

Décès

 

Taillon perd progressivement la vue vers la fin de sa vie. Il va même jusqu’à se dépouiller de sa barbe iconique. Il vit la fin de sa vie à l’Institution des sourdes-muettes, rue Saint-Denis à Montréal. Il décède à Montréal, le 25 avril 1923, à l’âge de 82 ans et 7 mois. Le 28 avril de la même année, il est inhumé dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal.

 

 

Lieu de sépulture du premier ministre Louis-Olivier Taillon.

Collection Dave Turcotte

Journal Le Devoir. 26 avril 1923. Pages 1 et 2.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec


LE CITOYEN
 

Photographie de Louis-Olivier Taillon. 1910.

Archives de la Ville de Montréal, Fonds Aegidius Fauteux

Il est créé chevalier commandeur de l'Ordre de Saint-Michel et Saint-George (sir) en 1916.

Carte professionnelle de Louis-Olivier Taillon. Après 1916.

Fonds André Beaulieu. Assemblée nationale du Québec.

Livre Histoire de la province de Québec volume 7 de Robert Rumilly. 1975.

Collection Dave Turcotte

Je me souviens

Lieux de mémoire

Découvrez (virtuellement) les régions du Québec à travers la vie de nos premiers ministres. Cette carte interactive vous fera découvrir où ils sont nés, où ils ont habités, étudiés, travaillés ainsi qu’où ils sont décédés et enterrés. Elle indique aussi les quelques musées à visiter, les monuments en leur honneur ainsi que les lieux rappelant leur mémoire par la toponymie. Cette carte est loin d’être exhaustive. Elle sera toujours en développement. 

Légende de la carte

Jemesouviens


JE ME SOUVIENS