Élections

Le 29 avril

1970,

les Québécois élisaient Robert Bourassa, le plus jeune premier ministre de l'histoire du Québec. Cette élection marque la fin de la gouvernance de l'Union nationale, mais la montée d'un nouveau parti, le Parti Québécois et l'arrivée sur la scène québécoise des créditistes.

Bonne visite !

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Élection 1970

Une élection de premières !

 

L’élection du 29 avril 1970 est une élection de plusieurs premières. Ce sont 84,2 % des électeurs inscrits à la liste électorale qui iront voter. Un taux de participation jamais égalé à ce moment-là dans l’histoire du Québec. Par la suite, il n’y aura que l’élection de 1976 qui délogera ce record avec un taux de participation de 85,27 %.

 

Autre première, quatre partis politiques obtiennent la confiance de plus de 10 % des électeurs. Il faudra attendre l’élection de 2018 pour revoir une telle situation. L’élection de 1970 est tellement disputée que seulement 12 députés dans les 108 circonscriptions sont élus avec plus de 50 % des voix.

 

Selon Jacques Benjamin dans Comment on fabrique un Premier ministre québécois, « la campagne électorale de 1970 a marqué une étape importante dans l’application des techniques de fabrication d’images et de marketing d’un produit. Jamais, en effet, trois partis n’avaient en même temps eu recours à de telles techniques ; jamais auparavant n’avait-on utilisé en même temps des techniques aussi différentes ; et jamais un parti politique québécois n’avait-il poussé si loin le raffinement de ces techniques ».

 

La question constitutionnelle prendra une place prépondérante au cours de cette campagne qui mènera, pour la première fois, des députés élus indépendantistes à l’Assemblée nationale. Les jeunes occuperont une place très importante dans les stratégies des partis et des chefs, tellement que le plus jeune d’entre eux sera élu le plus jeune premier ministre de l’histoire du Québec. 

 

Après la Grande noirceur de l’ère Duplessis et la Révolution tranquille débutée par le gouvernement Lesage et poursuivie par celui de Johnson, l’élection de 1970 ouvre une nouvelle perspective sur le Québec. Les politologues Vincent Lemieux, Marcel Gilbert et André Blais utiliseront d’ailleurs l’expression « élection de réalignement » pour décrire cette élection de premières !

ÉLECTION 1970

Carte des 108 districts électoraux (circonscriptions) du Québec. Ministère des Terres et Forêts du Québec, 1969.

Collection Dave Turcotte

Don de Martin Gabriel Cambria

Publicité du Canal 10 CFTM-TV Montréal. Journal Montréal-Matin, 28 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Publicité du Comité Canada. Journal Montréal-Matin, 28 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Quelques livres publiés portant sur l'élection de 1970.

Collection Dave Turcotte

Parti libéral du Québec

Un nouveau chef

 

En 1969, en vue des élections à venir, le Parti libéral de Jean Lesage commande une étude portant sur les motivations de l’électorat québécois à la firme américaine Social Research. Dans son livre Comment on fabrique un Premier ministre québécois, Jacques Benjamin rapporte que « les préoccupations portent surtout sur l’économie québécoise : un besoin de relance économique s’y exprimait. Seul un leadership dynamique pourrait arriver à de tels résultats […]. Un leadership conciliant cependant, sans esprit révolutionnaire agressif. Un thème secondaire paraissait se dégager de ce sondage : le “conflit de générations” […] ou l’importance nouvelle de la jeunesse québécoise. Dans son analyse du sondage, la firme américaine lie en effet le besoin de relance économique à celui de “combler le fossé des générations”, en soulignant que l’exploitation du premier thème pourrait bien attirer beaucoup de jeunes électeurs. […] La Social Research soulignait entre autres que les partisans libéraux ne croyaient guère pouvoir attirer les jeunes Québécois lors du prochain scrutin. Bref, il fallait trouver un thème, de préférence de nature économique, qui donnerait le goût à tous les électeurs, y compris les jeunes, de se sentir Québécois. Il fallait “découvrir l’étendue de la richesse inexploitée de l’identité québécoise” […]. Il fallait surtout découvrir un chef de parti qui incarnerait un tel leadership, tout en étant assez fort pour traiter avec Ottawa et les milieux financiers internationaux. Ce qui, par conséquent, soulevait vis-à-vis de l’électorat un problème évident de “crédibilité” […]. Les auteurs du rapport ajoutaient que le nouveau chef du Parti libéral devait donc posséder certaines qualités essentielles : être représentatif du peuple québécois, suffisamment “fort” pour faire face à Ottawa, et apte à affronter tous les aspects d’un monde urbanisé très complexe ».

À la lecture de cette étude, Jean Lesage comprend rapidement qu’il n’est plus l’homme de la situation et les organisateurs du parti partent à la recherche du candidat idéal tel que décrit par cette étude. L’auteur Jacques Benjamin ajoute dans son livre que « c’était là le portrait-robot qu’utiliseraient les communicateurs libéraux dans leur recherche du nouveau leader. Pour plus d’efficacité, ils utilisèrent une technique répandue aux États-Unis, celle de montrer à des gens de l’Ontario des photos de Robert Bourassa et de deux autres personnes qu’ils ne connaissent pas, en leur posant les questions suivantes : quelle photo inspirait le plus confiance ; laquelle dégageait une image de dynamisme et de sérieux ?… ». 

Avocat, fiscaliste et économiste, Robert Bourassa se lance dans la succession de Jean Lesage à la suite de la démission de ce dernier le 28 août 1969. Il affronte Claude Wagner, ministre de la Justice dans le cabinet Lesage et toujours très populaire dans les divers coups de sonde. L’autre candidat est Pierre Laporte, ministre des Affaires municipales et des Affaires culturelles sous Jean Lesage. Ayant toujours eu de bonnes relations avec le caucus libéral, il bénéficie, quant à lui, de l’appui de 18 des 47 députés libéraux de l’époque. La campagne de Robert Bourassa est structurée et bien organisée sur tous les plans notamment grâce au talent de son directeur de campagne, Paul Desrochers, un des principaux organisateurs du parti.

 

Selon Jacques Benjamin, Paul Desrochers « n’hésita pas à offrir ses services à monsieur Bourassa. Il s’attaqua tout de suite à la première règle de marketing : bien définir sa clientèle. Or, dans le cas d’un congrès à la chefferie, la clientèle, ce sont les délégués et non pas l’électorat dans son ensemble, pas plus d’ailleurs que les militants libéraux. Non. Uniquement 1 656 militants qui auraient droit de vote lors de cette convention. […] D’abord, on s’occupa du choix des délégués favorables à monsieur Bourassa. S’inspirant de la technique du “mouvement Kennedy”, les “amis de Robert Bourassa” firent parvenir en septembre 1969 des cartes-réponses à 70 000 militants libéraux, pour leur demander de susciter une “candidature Bourassa”. En octobre, 16 000 répondirent favorablement. À l’aide d’un ordinateur, on fit le profil de ces individus. Ensuite, des responsables de comté furent chargés de rencontrer ces militants. Et lors des conventions tenues dans chacune des associations libérales de comté, on y dépista systématiquement des “amis de monsieur Bourassa” chargés de veiller au grain. Ce “mouvement Bourassa” permit d’identifier 624 délégués favorables au futur chef de parti. 624 de 1636 délégués, c’était déjà un bon début, comme le soulignait monsieur Desrochers trois mois avant la convention, tout en continuant le travail. De sorte que le 5 décembre, 766 délégués paraissaient favorables à la candidature de monsieur Bourassa ».

Robert Bourassa comptait sur un trésor de guerre impressionnant contrairement à ses adversaires. Malgré des communications efficaces, il sera souvent vu comme un candidat plus « terne » que le « dynamique » Pierre Laporte. Selon le politologue Vincent Lemieux, les libéraux misent sur « son nationalisme modéré, sur son absence d’attaches sur la scène fédérale et surtout sur ses préoccupations économiques ». Pour plusieurs, Robert Bourassa était celui qui pouvait ramener, au bercail libéral, les nombreux jeunes tentés de suivre René Lévesque dans l’effervescence de son nouveau parti. Malgré l’appui de quelques ministres libéraux fédéraux, Bourassa a l’avantage de ne pas avoir de liens avec l’aile fédérale du Parti libéral ce qui plait à plusieurs militants de plus en plus nombreux à vouloir couper cette apparence de tutelle fédérale.

Le 17 janvier 1970, Robert Bourassa est élu chef du Parti libéral du Québec dès le premier tour avec 843 délégués devant les candidats Claude Wagner (455 délégués) et Pierre Laporte (288 délégués). Malgré ce résultat clair, la course laissera des séquelles dans l’organisation du Parti. Claude Wagner démissionnera un mois plus tard, le 16 février 1970.

Fort de leur nouveau chef, le Parti libéral mise sur le renouveau. On peut lire dans son dépliant de campagne : « Le Parti libéral du Québec est un parti neuf. Le Parti libéral du Québec est un parti jeune. Le Parti libéral du Québec est le parti de tous les Québécois. Le Parti libéral du Québec est le parti du changement, de la participation, de l’innovation. Le Parti libéral du Québec a l’ouverture d’esprit des jeunes du Québec. Il en a le dynamisme. » Le professeur Alain Lavigne affirme que « les stratèges libéraux présentent leur chef en self-made-man d’une certaine classe moyenne et bon père de famille. Un économiste d’origines très modestes, qui, dans des conditions difficiles et par son seul mérite, est parvenu à fréquenter les meilleures universités étrangères. Un positionnement avec lequel le principal intéressé compose très bien. »

Le 29 avril 1970, à l’âge de 36 ans, Robert Bourassa devient le 22e premier ministre du Québec et le plus jeune de son histoire.

UN NOUVEAU CHEF

Chope à bière, macarons et cartons d'allumettes du candidat Robert Bourassa. Chefferie du Parti libéral du Québec, 1970.

Collection Dave Turcotte

UNE du journal Le Soleil. 18 janvier 1970.

Collection Dave Turcotte

Extrait d'un discours électoral de Robert Bourassa. 1970.

Youtube

Robert Bourassa et son épouse Andrée Simard au rassemblement du Parti libéral du Québec le soir de l'élection. 29 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Québec : au travail !

Le 29 avril 1970, Robert Bourassa est élu à la tête d’un gouvernement majoritaire. Après un court séjour à l’opposition, le Parti libéral retourne au pouvoir en faisant élire plus des 2/3 des députés, soit 72 députés sur les 108 sièges de l’époque et obtient 45,4 % des suffrages. Comparativement à l’élection de 1966, les libéraux ont réussi à faire élire 22 députés de plus avec 1,8 % des votes en moins. 

 

Le professeur Alain Lavigne résume la campagne du parti ainsi : « pour le PLQ, le plan consiste à “vendre” un programme et un chef selon les perceptions des Québécois tirées d’un sondage de la firme Social Research. Les électeurs se disent alors préoccupés par la situation de l’emploi. Ils trouvent que les finances publiques sont mal gérées et ils ont peur du séparatisme. Parmi les thèmes de la campagne libérale, notons la promesse des 100 000 emplois et l’énoncé selon lequel un vote favorable au PQ serait “lancer les Québécois vers l’inconnu”. Le slogan “ Québec : au travail !” est donc conséquent. »

Dans leur livre Les élections au Québec, Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau affirment que « Bourassa veut répondre aux aspirations des nombreux jeunes diplômés québécois ainsi qu’à la population en général, préoccupé par un taux de chômage approchant 9 % ». Robert Bourassa avait déjà déclaré « chaque année, 50 000 jeunes diplômés sortiront des cégeps et des universités pour envahir le marché du travail. Il faudra absolument leur trouver des emplois ». Il ajoute aussi que « la fierté d’être Québécois c’est plus qu’une question de drapeau. La fierté des Québécois, pour moi, c’est pouvoir travailler au Québec d’abord et avant tout et donner sa pleine mesure au Québec ». « 100 000 emplois », pensé par Robert Bourassa lui-même, arrive juste à point. Il a d’ailleurs précisé que « c’est plus qu’un slogan, c’est une réalité urgente ». Selon ses organisateurs, il n’était pas fréquent à cette époque de parler aussi clairement de création d’emploi lors d’une campagne électorale. Ce slogan aurait tellement marqué l’imaginaire que d’autres politiciens auraient repris la formule ailleurs sur la planète. 

L’auteur Jacques Benjamin avance dans son livre Comment on fabrique un Premier ministre québécois que « la stratégie de marketing des communicateurs libéraux fut puisée dans l’ouvrage de J. McGinniss, The Selling of the President, qui raconte comment en 1968 le candidat Richard Nixon fut élu président des États-Unis au moyen d’un “contrôle” rigide et constant de ses présences à la télévision, les seules qu’il fit durant la campagne. Cela allait très loin : du maquillage au contrôle absolu de toutes les images que verraient les téléspectateurs, de même que du choix des questions qui lui seraient posées et des électeurs qui le rencontreraient, etc. En 1970, la campagne électorale de monsieur Bourassa s’est aussi effectuée à la télévision. C’était là le seul moyen de rejoindre rapidement des électeurs, disait-on dans l’entourage de monsieur Bourassa. On y consacrera donc 60 % du budget de publicité, réparti sur trois plans : les assemblées électroniques, les bulletins télévisés de fabrication libérale (l’information dite “cannée”), et les commerciaux. Les assemblées électroniques ont donc remplacé les assemblées populaires. Il n’y avait plus aucun risque de chahut d’adversaires ou de bourdes de la part du candidat. Non, on utilisait une image soignée, comme le montre l’enregistrement des émissions “contrôlées” devant des militants libéraux et qu’on présentait à la télévision régionale comme une “rencontre avec le candidat”. Durant la dernière semaine de la campagne, les onze stations privées de télévision francophone mirent à leurs horaires de telles assemblées électroniques. La cote d’écoute atteignit les succès escomptés des communicateurs libéraux : plus d’un million de téléspectateurs regardèrent ses émissions. Les nouvelles fabriquées par les libéraux s’appuyaient sur une équipe technique qui filmait les meilleurs moments de la journée de monsieur Bourassa et faisait parvenir les films aux stations de télévision. Radio-Canada ne s’en servit jamais, mais les stations régionales les utilisèrent abondamment parce qu’elles ne disposaient souvent pas d’autres matériaux pour alimenter soir après soir leurs émissions de nouvelles. Les courts commerciaux firent aussi l’objet d’une attention particulière : 120 textes différents de 60 secondes furent présentés sur les ondes de 46 stations radiophoniques francophones privées du Québec. La campagne libérale de 1970 […] fut vraiment une campagne sans contact direct avec l’électorat, mener à partir d’un studio de télévision ».

Dans son livre Bourassa et Lévesque: Marketing de raison contre marketing de passion, Alain Lavigne mentionne que « Robert Bourassa n'a pas de problème à composer avec les aléas du marketing politique. Celui qui rêve de devenir premier ministre depuis l'enfance croit aux techniques de mise en marché politique, tant pour un programme que pour l'image d'un candidat ou d'un chef. Avec le recul des années, son ex-collègue Raymond Garneau dit de lui : " Robert Bourassa était un redoutable tacticien et un froid calculateur qui s'intéressait beaucoup plus longuement au "comment le dire" qu'au "quoi faire". Pour Bourassa, la stratégie en politique, c'était ce qui distingue les hommes des enfants et qui permet à un chef politique de confondre son adversaire et faire triompher ses idées". » 

Selon les données du Directeur général des élections, le Parti libéral a dépensé 827 341 $ pour sa campagne, dont 627 049 $, uniquement en publicité. Une somme inégalée par aucun autre parti politique de cette élection 1970.  

QUÉBEC: AU TRAVAIL!

Publicités du Parti libéral du Québec. Journal Montréal-Matin, 28 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

 

Livre Bourassa Québec ! accompagné d'un macaron. Les Éditions de l'Homme, 1970.

Collection Dave Turcotte

 

Dépliant du Parti libéral du Québec. 1970.

Collection Dave Turcotte

 

Publicité du Parti libéral du Québec. 25 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

 

Publicité du Parti libéral du Québec. Le Bulletin des agriculteurs, avril 1970.

Collection Dave Turcotte

 

Publicité du Parti libéral du Québec. 1970.

Collection Dave Turcotte

Vidéo du bilan du premier mandat du premier ministre Robert Bourassa.

Parti libéral du Québec

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Les candidats

Sur les 108 candidats du Parti libéral du Québec, en voici quelques-uns : 

Claire Kirkland Casgrain, avocate, est la première femme députée à l’Assemblée nationale. Élue lors de l’élection partielle du 14 décembre 1961 dans la circonscription de Jacques-Cartier, elle y est réélue le 14 novembre 1962. Le 5 décembre 1962, elle est assermentée ministre sans portefeuille dans le gouvernement de Jean Lesage ce qui fait d’elle la première femme ministre de l’histoire du Québec. Elle sera ministre des Transports et des Communications du 25 novembre 1964 au 16 juin 1966. À l’élection du 5 juin 1966, elle est élue, dans l’opposition, cette fois dans la circonscription de Marguerite-Bourgeoys. En 1970, c’est 28 694 électeurs qui lui font confiance. Elle est élue députée pour un quatrième mandat avec une majorité de 20 787, devant Gilles Gasse du Parti Québécois. Durant ce mandat, elle sera ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche du 12 mai 1970 au 15 février 1972 et ministre des Affaires culturelles du 2 février 1972 au 14 février 1973. Du 2 au 6 août 1972, elle sera première ministre intérimaire du Québec. Elle quitte ses fonctions de députée et de ministre le 14 février 1973 suite à sa nomination à titre de juge de la Cour du Québec (première de l’histoire) et de présidente de la Commission du salaire minimum. 

Bernard Pinard, avocat, est élu pour la première fois le 16 juillet 1952 dans Drummond mais il est défait le 20 juin 1956. Il est élu de nouveau lors de l'élection générale du 22 juin 1960 ainsi qu'à celle du 14 novembre 1962. Il occupe la fonction de ministre de la Voirie du 5 juillet 1960 au 16 juin 1966. Il retourne sur les banquettes de l'opposition lors de l'élection du 5 juin 1966. Le 29 avril 1970, il est réélu et retourne au pouvoir. Il est de nouveau ministre de la Voirie du 12 mai 1970 jusqu'en avril 1973, date de l'intégration de ce ministère dans celui des Transports. Il occupe aussi la fonction de ministre des Travaux publics du 1er octobre 1970 au 21 février 1973 et de ministre des Transports du 25 novembre 1971 au 13 novembre 1973.

Son siège devint vacant lorsqu'il est nommé juge à la Cour du Québec et président du Tribunal des transports le 13 septembre 1973. 

Candidat pour la première fois, François Cloutier, médecin-psychiatre, est élu en 1970 dans Ahuntsic avec 17 208 voix devant Jacques Parizeau par une courte majorité de 972 voix. Dans le premier mandat du gouvernement Bourassa, il sera ministre des Affaires culturelles du 12 mai 1970 au 2 février 1972 et du 21 février au 13 novembre 1973, ministre de l’Immigration du 29 octobre 1970 au 15 février 1972, ministre de l’Éducation du 2 février 1972 jusqu’à la fin du mandat.

Candidat défait à la chefferie du Parti libéral contre Robert Bourassa, Pierre Laporte, avocat, est de nouveau sur les rangs dans la circonscription de Chambly. Pour un quatrième mandat consécutif, il y est élu avec 25 641 votes, soit une majorité de 11 273 votes sur Pierre Marois du Parti Québécois. Le premier ministre le nomme leader parlementaire de son gouvernement. Le 12 mai 1970, il est assermenté ministre de l’Immigration et ministre du Travail et de la Main-d’œuvre. En pleine Crise d’octobre, il est enlevé par le Front de libération du Québec (FLQ) devant sa résidence, le 10 octobre 1970. Le 17 octobre, son corps fut retrouvé dans la valise d’une voiture à Saint-Hubert. Il était âgé de 49 ans et 7 mois. Cette crise bouleversa le début du mandat du gouvernement Bourassa.

 

Robert Quenneville, médecin, est élu député libéral dans Joliette en 1970 avec 10 929 votes face au député sortant, Pierre Roy, de l’Union nationale (7 694 votes) et le candidat péquiste Bernard Landry (7 376 votes) qui sera premier ministre du Québec quelques décennies plus tard. Robert Quenneville est assermenté ministre d’État à la Santé le 12 mai 1970, puis ministre d’État aux Affaires sociales le 22 décembre 1970. En février 1971, il devint ministre responsable du placement étudiant et du retour au travail des assistés sociaux. Le 14 octobre 1971, le premier ministre Bourassa le nomme ministre d’État responsable de l’Office du développement de l’est du Québec et ministre responsable de l’Office de planification et de développement du Québec le 31 mai 1972. Le 14 février 1973, il devient responsable des programmes fédéraux Perspectives jeunesse, Horizons nouveaux et Initiatives locales, fonction qu’il occupera jusqu’au 31 juillet 1975, dans son deuxième mandat. 

LES CANDIDATS

Extrait du dépliant « Le Parti libéral du Québec, son équipe 1970, son programme 1970 ». 1970.

Collection Dave Turcotte

Lettre du candidat libéral Bernard Pinard dans Drummond. 27 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Macaron du candidat libéral François Cloutier dans Ahuntsic. 1970.

Collection Dave Turcotte

Macaron du candidat Pierre Laporte. Chefferie du Parti libéral du Québec, 1970.

Collection Dave Turcotte

Présentation par René Préville
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Discours de Robert Quenneville
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45 tours de présentation du candidat libéral Robert Quenneville dans Joliette. 1970.

Collection Dave Turcotte

Publicité du candidat libéral Gérard Shanks dans Saint-Henri. Journal La Voix populaire, 22 avril 1970.

Prêt d'un collectionneur

Publicité du candidat libéral Louis Dion dans Beauce. Journal Beauce Nouvelle, 14 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Entrevue avec André Harvey, député libéral de Chauveau de 1970 à 1973 et de Charlesbourg de 1973 à 1976.

Musée virtuel d'histoire politique du Québec 

Parti Québécois

« Une défaite qui a l’air d’une victoire »

Le Parti Québécois est né de la fusion du Mouvement Souveraineté-Association (MSA) et du Ralliement national (RN). Lors du congrès de fondation des 11, 12, 13 et 14 octobre 1968, René Lévesque déclarait que la mission première de son parti allait être de « créer un État souverain de langue française par une action démocratique constante ». Il ajoutait : « Nous avons fait le choix de l’action politique par un parti politique. Ce qui veut dire que nous avons fait le choix aussi de nous exposer dès la prochaine au verdict électoral de nos concitoyens ».

 

Cette élection sera l’occasion pour le Parti Québécois de « s’exposer » au « verdict électoral » pour la première fois. Bien qu’il réussit à faire élire que sept députés, le classant au rang de troisième opposition à l’Assemblée nationale, il est le deuxième parti ayant récolté le plus grand nombre de votes, soit 23,06 % des suffrages. Le Parti Québécois a presque triplé l’appui que le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) avait obtenu à l’élection de 1966. Ces bons résultats feront dire à René Lévesque, le soir de l’élection, que le Parti Québécois est « l’opposition officielle dans l’opinion populaire ». En fait, pour la première fois de l’histoire du Québec, il y aura, à l’Assemblée nationale, des députés indépendantistes démocratiquement élus. Les sept premiers députés du Parti Québécois sont : Camille Laurin (Bourget), Guy Joron (Gouin), Marcel Léger (LaFontaine), Robert Burns (Maisonneuve), Lucien Lessard (Saguenay), Charles-Henri Tremblay (Sainte-Marie) et Claude Charron (Saint-Jacques). Pour le chef du Parti Québécois, cette élection est « une défaite qui a l’air d’une victoire ».

Malgré cette réjouissance pour le parti, la situation est plus difficile pour son chef. Après dix ans de loyaux services, les électeurs de la circonscription de Laurier ont choisi de lui retirer leur confiance. Le 22 juin 1960, après une dure campagne, René Lévesque s’y était fait élire sous la bannière du Parti libéral avec une majorité de 129 voix sur le député unioniste sortant Arsène Gagné. Le 14 novembre 1962, il y est réélu avec une majorité de 4 563 votes et à l’élection du 5 juin 1966, il réussit à augmenter sa majorité à 6 754 votes bien que son parti soit relayé à l’opposition. Le 14 octobre 1967, il quitte le Parti libéral et devient député indépendant. Ce changement ne semble pas avoir plu à ses électeurs qui, le 29 avril 1970, ont élu le libéral André Marchand avec une majorité de 4 563. René Lévesque voit donc la première cohorte de députés de son parti prendre le chemin du parlement sans lui. 

 

Dans son édition du 30 avril 1970, le journal Le Devoir rapporte ainsi l’état d’esprit de René Lévesque sur sa propre défaite : « il a dit que le PQ avait pris là un risque qui n’avait pu pour l’instant être complètement relevé. Celui de faire de ce comté, composé de citoyens de toutes origines, le symbole de la jonction des deux solitudes. Il a tenu à remercier spécialement tous deux qui, parmi les anglophones, lui ont accordé leur faveur en résistant à une propagande effrénée ».

 

UN AIR DE VICTOIRE

Document définissant les grandes orientations du Mouvement Souveraineté-Association adopté par les 7 300 membres au congrès des 19 au 21 avril 1968. À ce congrès, les militants décideront de fonder un nouveau parti politique indépendantiste : le Parti Québécois. Mouvement Souveraineté-Association, 20 mai 1968.

Collection Dave Turcotte

Programme du Parti Québécois, tel qu’il a été modifié par le

2e congrès tenu à Montréal, du 17 au 19 octobre 1969. Parti Québécois, 1970.

Collection Dave Turcotte

UNE du tabloïd Le Parti Québécois, volume 1 numéro 3 et volume 1 numéro 6. Parti Québécois, 1970.

Collection Dave Turcotte

Page 8 du tabloïd Le Parti Québécois, volume 1 numéro 6. Parti Québécois, avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Page 30 du tabloïd Le Parti Québécois, volume 1 numéro 3. Parti Québécois, avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Macarons électoraux du Parti Québécois. Parti Québécois, 1970.

Collection Dave Turcotte

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Autocollant et fanion du Parti Québécois. Parti Québécois, 1970.

Collection Dave Turcotte

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Photos de rassemblements électoraux du Parti Québécois. 1970.

Collection Dave Turcotte

Carte souvenir 10/16 de la télésérie René Lévesque rappelant la soirée électorale de 1970. TVA, 1994.

Collection Dave Turcotte

Un choix, un chef, une équipe

 

Camille Laurin, président du conseil exécutif du Parti Québécois explique cette élection ainsi « Pour la première fois, nous avons la chance, par notre vote, de décider de notre avenir en prenant une option claire et définitive : le Québec. Pour la première fois, nous avons la chance d’élire à la tête de notre gouvernement, un homme, dont le dynamisme et l’intégrité sont de nature à nous redonner confiance dans le Québec : René Lévesque. Pour la première fois, nous avons l’occasion de confier notre destin politique à une équipe cohérente et sérieuse : Le Parti Québécois. Le 29 avril, votons OUI, votons Québécois ». Toute la campagne du parti sera axée sur le choix : « LE QUÉBEC », le chef : « RENÉ LÉVESQUE » et l’équipe : « LE PARTI QUÉBÉCOIS ».

 

Dans son livre Comment on fabrique un Premier ministre québécois, Jacques Benjamin, relate que « les bannières et les médaillons distribués par dizaines de milliers durant la campagne portaient l’inscription : Parti Québécois OUI, ce qui obligeait l’adversaire à répliquer par la négative. Les adjuvants comprenaient un sigle (logo) comportant les deux couleurs rouge et bleu des partis traditionnels, une documentation uniforme vendue aux organisations de comté, la liberté des organisations de comtés de choisir le candidat de leur choix, et la présence de René Lévesque et de l’économiste Jacques Parizeau comme ressources intellectuelles pour asseoir l’image “respectable” du parti. Ces quatre adjuvants prirent dès le début la même importance dans la stratégie des conseillers en communication du parti. Monsieur Maurice Leroux, autrefois au service des libéraux, dirigeait alors le comité de publicité du PQ, comité formé d’un seul autre membre : Pierre Renaud. Les deux hommes se sont enfermés durant plusieurs jours, imaginant la publicité, le sigle, les mots d’ordre, et convoquant à leur domicile imprimeur, graphistes et techniciens. C’est le graphiste Giguère qui, un jour, leur apporta le sigle du parti. […] Le sigle se voulait un élément de communication en lui-même, un signal qui identifierait et rallierait les militants et les hésitants. Un peu comme le sigle d’une marque de commerce en système capitaliste […]. Le sigle du Parti Québécois représentait ainsi les deux couleurs rouge et bleu des partis traditionnels, comme pour marquer qu’il ne s’agissait pas d’un produit passager »

Selon le professeur Alain Lavigne, « l’objectif de la planification du PQ est de mettre l’accent sur la faisabilité concrète de la prise du pouvoir ainsi que sur l’aspect positif que représente le projet de souveraineté-association ». Il ajoute, « le PQ choisit d’être présent constamment auprès des électeurs. Les stratèges, qui ne bénéficient pas de données de sondages, privilégient l’animation et une publicité dite franche,de façon à prouver que publicité et information sérieuse peuvent aller de pair… de façon à maintenir dans l’esprit de la population l’image fidèle de ce qu’est le Parti… de façon à faire connaître sans cesse ce que nous faisons, ce que nous organisons, ce que nous disons” ». Toujours selon Lavigne, « Les stratèges péquistes constatent qu’il n’est pas facile de conseiller René Lévesque quand il est question de positionnement d’image. Ceux-ci tentent en vain de soigner l’image de leur chef mal fagoté. […] En somme, les stratèges doivent s’en remettre au charisme de Lévesque ainsi qu’à ses compétences relationnelles. Un charisme dont le “sacré” qu’il véhicule est consciemment utilisé par ses stratèges. Bref, Lévesque compose tant bien que mal avec le marketing politique. L’idée que l’on puisse manipuler le peuple avec des stratégies le rebute ».

 

Dans leur livre Les élections au Québec, Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau ajoutent : « À sa première tentative électorale, le parti de René Lévesque frappe l’imagination. Son financement populaire, ses caravanes destinées au grand public — écoles, centres commerciaux, usines, etc. — ainsi que la ferveur du chef font notamment mouche auprès des francophones, des gens à revenus modestes et des jeunes de 18 ans à 25 ans. Selon un sondage réalisé pour le compte du Parti libéral en 1966, ces derniers seraient nombreux à souhaiter l’émergence d’une nouvelle formation. Leur présence et celle des syndicalistes, des artistes et autres militants font vibrer les rassemblements péquistes qui dépassent ceux de leurs rivaux en participation et en enthousiasme. Lors du lancement officiel, le 5 avril, on estime à 12 000 personnes la foule qui déborde de l’aréna Maurice-Richard. Après un blitz de huit villes, le PQ se paie une expérience originale en fin de parcours, le 27 avril. En plus des 18 000 participants survoltés réunis dans le centre Paul-Sauvé et autour de celui-ci, plusieurs dizaines de milliers de personnes suivent cette assemblée dans sept autres villes grâce à un lien radiophonique. L’événement a l’allure d’un concert rock dont la vedette est René Lévesque ». À une époque ou la télévision prenait de plus en plus de place et où il était de plus en plus difficile de réunir les gens, le Parti Québécois réinventa en quelque sorte, les assemblées publiques. Rien n’était laissé au hasard : décoration, ritournelles, artistes, orateurs invités et le clou du spectacle, l’invité d’honneur, souvent le chef lui-même. En plus de démontrer la force du Parti Québécois, ces rassemblements donnent une dose d’énergie incroyable aux milliers de militants, la force première du Parti. 

 

Toujours selon Guay et Gaudreau : « Cette percée apparente du Parti Québécois est mise à l’épreuve dans les dernières semaines. Le ton se raidit à son endroit et la “piasse à Lévesque”, référence à la monnaie d’un éventuel Québec souverain, est tournée en dérision. […] Jean-Jacques Bertrand s’agite aussi, avançant qu’avec l’accession au pouvoir du PQ “c’en serait fait des libertés démocratiques” ». Robert Bourrassa attaquera très peu le gouvernement sortant, mais concentrera davantage ses attaques contre le Parti Québécois. Lors de l’un de ses rassemblements, il affirma que 90 % du programme du Parti Québécois pouvait être réalisé sans l’indépendance à la grande satisfaction de ses partisans. Dans son livre Élection 1970 Le point tournant, Richard B. Holden rapporte qu’un « vice-président d’une grande compagnie d’aluminium, qui n’est pas particulièrement connu pour son sens de l’humour, déclara tenir de “source sure”, que le Parti Québécois était financé par la CIA. Le principe du supposé complot était le suivant : si Québec se séparait, le reste du Canada s’effondrerait à brève échéance, et toutes les richesses et les ressources hydrauliques de l’Ouest canadien seraient à la disposition des consommateurs américains à meilleur marché ».

 

Le dimanche 26 avril, à trois jours du scrutin, un vice-président de la Royal Trust Company annonce que des fourgons blindés avaient pris le chemin vers Toronto pour « mettre en lieu sûr » des milliers de certificats de valeurs mobilières. Ce qu’on nommera le « coup de la Brink’s », à quelques jours du scrutin, insécurisa assurément des électeurs tentés par le Parti Québécois et son option. Jacques Parizeau déclara à ce sujet : « Dans les derniers jours, le vote nous filait entre les mains. On le sentait nous glisser des doigts comme du sable. Cela annulait tous les efforts qu’on avait faits depuis un bon bout de temps ! Dans mon comté, les francophones ont cru dur comme fer que la substance du Québec se transportait à Toronto ! » Le lendemain, lors du dernier grand rassemblement de la campagne, René Lévesque déclara : « Même si nous ne prenons pas le pouvoir, nous avons néanmoins atteint notre principal objectif : fondre à tout jamais la glace qui étouffait notre croissance ; briser le mur de la peur et des complexes ». Puis il s’écria : « Le long hiver de l’impuissance du Québec est terminé ».

Lors de cette campagne, le Parti Québécois dépensera 265 994 $, dont 174 338 $ en publicité. C’est au total trois fois moins que les libéraux et près de quatre fois moins en publicité.

UN CHOIX, UN CHEF, UNE ÉQUIPE

Affiche électorale du Parti Québécois. Parti Québécois, 1970.

Collection Dave Turcotte

Dépliant électoral du Parti Québécois. Parti Québécois, 1970.

Collection Dave Turcotte

Cartons d’allumettes du Parti Québécois. Parti Québécois, 1970.

Collection Dave Turcotte

Version longue et version abrégée du programme du Parti Québécois issu des congrès de 1968 et 1969. Parti Québécois, 1970.

Collection Dave Turcotte

La souveraineté et l'économie, une étude du comité de documentation du Parti Québécois. Parti Québécois, mars 1970.

Collection Dave Turcotte

Page 20 du tabloïd Le Parti Québécois, volume 1 numéro 6. Parti Québécois, avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Les candidats

Parmi les 108 candidats du Parti Québécois, en voici quelques-uns :

Économiste et mandarin du pouvoir, Jacques Parizeau s’implique au Parti Québécois dès sa fondation. Il apporte une valeur « économique » à l’option du parti. Candidat dans Ahuntsic lors de l’élection de 1970, il y sera défait avec 16 236 votes contre 17 208 pour François Cloutier, qui sera ministre dans le gouvernement Bourassa. Jacques Parizeau deviendra chef du Parti Québécois le 19 mars 1988 et premier ministre du Québec le 26 septembre 1994. Le 30 octobre 1995, il tiendra le deuxième référendum sur l’ascension à l’indépendance du Québec. Déçu du résultat, il démissionna officiellement le 29 janvier 1996.​

Militant engagé, Pierre Bourgault devient président du RIN en 1964. En janvier 1968, des pourparlers débutent entre le RIN et le MSA de René Lévesque en vue d’une fusion des forces souverainistes. La question linguistique crée des désaccords irréconciliables entre les deux organisations. Le RIN défend le principe de l’unilinguisme et le MSA souhaite reconnaître de façon officielle les droits scolaires et culturels de la minorité anglophone au Québec. Ultimement, le 28 juillet 1968, René Lévesque annonce la suspension de toute discussion entre le MSA et le RIN. Le 14 octobre 1968, le Ralliement national de Gilles Grégoire accepte de fusionner avec le MSA pour former le Parti Québécois. À la suite de cette fusion, le RIN se dissout et invite ses membres à rallier les rangs du Parti Québécois. À l’élection de 1970, il est candidat péquiste dans Mercier contre Robert Bourassa. Contrairement à un sondage CROP publié la veille du scrutin dans le journal Montréal-Matin qui le donnait gagnant, il obtient 12 276 voix contre 15 337 pour le chef libéral. 

 

Professeur de littérature au Collège militaire de Saint-Jean, Jérôme Proulx est élu député de l’Union nationale dans Saint-Jean le 5 juin 1966. Suite aux frasques du gouvernement de Jean-Jacques Bertrand sur la question linguistique, Jérôme Proulx quitte son parti et siège comme député indépendant à partir du 11 novembre 1969. Pour certain, il représente la résistance. Le 26 novembre 1969, il adhère au Parti Québécois ce qui fera de lui un des premiers députés de ce parti à l’Assemblée nationale. À l’élection de 1970, les médias surveillaient de près la campagne dans la circonscription de Saint-Jean, car les partis désignent de « gros noms » comme candidat. Le député sortant Jérôme Proulx se présente officiellement sous la bannière du Parti Québécois. Circonscription voisine de celle du chef unioniste Jean-Jacques Bertrand, ce dernier ne fera pas de cadeaux à son député déserteur et décide de lui affronter Roland Tremblay, ancien juge à la Cour du Québec. Le choix du Parti libéral sera le jeune professeur et chef syndical, Jacques Veilleux, qui profitera du taux de chômage de plus de 10 % dans la circonscription pour marteler le discours économique de son chef. Ce dernier remporte le scrutin avec 8 993 votes contre 6 821 pour Jérôme Proulx et 6 605 pour Roland Tremblay.  

 

Psychiatre et conférencier réputé, Camille Laurin, a participé à la fondation du MSA. En 1968, il est élu président du conseil exécutif du Parti Québécois. À l’élection de 1970, il est élu député dans la circonscription de Bourget avec 15 565 voix, défaisant ainsi le candidat libéral Gérard Beaudry (15 065 voix) et le député sortant de l’Union nationale, Paul-Émile Sauvageau (6 684). En l’absence de chef élu député à l’Assemblée nationale, Camille Laurin agira à titre de chef parlementaire du Parti Québécois jusqu’à sa défaite lors de l’élection suivante d’octobre 1973. 

LES CANDIDATS

Candidats du Parti Québécois. Journal Le Parti Québécois, avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Photo d'un rassemblement électoral du Parti Québécois. 1970.

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Affiche du candidat René Lévesque dans Laurier et chef du Parti Québécois. Parti Québécois, 1970.

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Publicité électorale du Parti Québécois. Journal Montréal-Matin, 28 avril 1970.

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Photo du candidat péquiste Jacques Parizeau dans Ahuntsic au verso du programme La solution du Parti Québécois issu des congrès de 1968 et 1969. Parti Québécois, 1970.

Collection Dave Turcotte

UNE et page 3 du journal Montréal-Matin prédisant l'élection du candidat péquiste Pierre Bourgault dans Mercier face au chef libéral Robert Bourassa selon un sondage CROP. Journal Montréal-Matin, du 28 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Union nationale

Le début de la fin

Après deux mandats dans l’opposition, Daniel Johnson réussit à ramener l’Union nationale au pouvoir lors de l’élection du 5 juin 1966. À peu de chose près, le gouvernement unioniste poursuit la Révolution tranquille entamée sous le gouvernement de Jean Lesage. Le 26 septembre 1968, le premier ministre Daniel Johnson meurt subitement lors d’une visite au chantier du barrage Manic 5. Le 2 octobre 1968, Jean-Jacques Bertrand est désigné chef intérimaire par le conseil des ministres, confirmé par le caucus des députés de l’Union nationale, devenant par le fait même, le 21e premier ministre du Québec. 

 

Dans leur livre Les élections au Québec, Jean-Herman Guay et Serge Gaudreau présentent le contexte politique du Québec ainsi : « Comme ailleurs en Occident, cette période est marquée par de fortes turbulences. Le militantisme étudiant s’active, le mouvement syndical se radicalise, alors que les actes du Front de libération du Québec, qui prône l’indépendance, font les manchettes. Plusieurs bombes explosent, dont une à la Bourse de Montréal le 27 février 1969. Elle fait 27 blessés. C’est dans ce contexte bouillonnant qu’une crise linguistique éclate à Saint-Léonard, sur l’île de Montréal. Elle oppose le Mouvement pour l’intégration scolaire à des parents italiens souhaitant que leurs enfants fréquentent les écoles anglophones. L’adoption en novembre 1969 du projet de loi 63, accordant aux parents le libre choix de la langue d’enseignement, suscite un tollé chez les nationalistes, dont certains qui siègent avec le gouvernement de l’Union nationale. Celui-ci en sort affaibli ». 

 

Au sein même de son parti, la grogne à l’endroit du premier ministre Bertrand est palpable. Les proches de feu Daniel Johnson avaient malgré tout gardé la main mise sur le parti et ils ne voyaient pas d’un bon œil sa nomination. Rappelons qu’en 1961, Jean-Jacques Bertrand avait tenté sa chance à la chefferie de l’Union nationale pour succéder à Antonio Barrette. Pari qu’il perd par seulement 68 votes face à Daniel Johnson. Selon Richard B. Holden dans son livre Élection 1970 le point tournant, « Monsieur Bertrand était, il est encore, fermement convaincu de la nécessité d’une entière démocratisation de tout mouvement politique. Il n’avait jamais accepté totalement la décision du congrès de 1961 et il affirma, en particulier et publiquement, qu’il ne garderait son mandat de premier ministre qu’à la seule condition de recevoir un appui franc et clair de la part de tous les militants du parti, réunis en assemblée générale. Cette prise de position était sans précédent dans l’histoire politique québécoise ».

 

Le parti convoque un congrès à la chefferie pour officialiser la nomination de Bertrand. Fait rare, il aura de l’opposition au sein même de son caucus. Il devra faire face à son propre ministre de l’Éducation, Jean-Guy Cardinal, et à un de ses députéAndré Léveillé. Le site internet Bilan du siècle rapporte que « Bertrand part favori, mais Cardinal mène une campagne dynamique axée sur des thèmes comme la modernisation de l’État, le redressement de l’économie québécoise et la nécessité de mettre de l’ordre dans la fonction publique. Le 21 juin, jour du vote, les débats sont houleux à l’intérieur et à l’extérieur du Colisée puisque 3 000 manifestants provenant de groupes de gauche se frottent aux forces policières. C’est finalement Jean-Jacques Bertrand qui remporte la victoire, obtenant le soutien de 1 325 délégués, contre 938 pour Cardinal et 22 pour Léveillé. Le ralliement de Cardinal ne suffit pas à masquer l’amertume de ses troupes, une réaction qui incite le premier ministre à déclarer dans son discours final : “Il est maintenant important que nous nous serrions les coudes. Unis, nous vaincrons.” » Tout comme pour le Parti libéral, ce congrès au leadership laissera des séquelles au sein de l’organisation unioniste. 

LE DÉBUT DE LA FIN

Photo de presse d'une manifestation contre le projet de loi 63 du gouvernement unioniste de Jean-Jacques Bertrand devant l'Assemblée nationale du Québec. United Press International, 12 décembre 1968.

Collection Dave Turcotte

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Pour un Québec grand - Jean-Guy Cardinal
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Chanson thème
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45 tours de présentation du candidat à la chefferie Jean-Guy Cardinal et de sa chanson thème. Congrès au leadership de l'Union nationale, 1969.

Collection Dave Turcotte

Les mélomanes avertis auront vite répondu « Those Were The Days ». Cette dernière est, à l’origine, une vieille chanson du folklore tzigane russe, encore souvent jouée aujourd’hui par les musiciens ambulants.

 

La chanson a été reprise par la suite en français sous le titre : Le temps des fleurs, puis en allemand, en espagnol, en italien et en plusieurs autres langues. Elle fut popularisée dans de nombreux pays par divers interprètes, parmi lesquels Dalida et Vicky Leandros.

 

La question qui se pose est : pourquoi l’équipe de Jean-Guy Cardinal a-t-elle choisi cette mélodie comme chanson thème ?

« Jean-Guy » était-il un admirateur de Dalida ? 

Reconnaissez-vous 

la mélodie de la

chanson thème de

Jean-Guy Cardinal ?

Macarons du candidat à la chefferie Jean-Guy Cardinal. Congrès au leadership de l'Union nationale, 1969.

Collection Dave Turcotte

Macaron et publicité du candidat à la chefferie Jean-Jacques Bertrand. Congrès au leadership de l'Union nationale, 1969.

Collection Dave Turcotte

Québec plus que jamais

 

Pensant prendre de cours le tout nouveau chef libéral et mettre de côté la crise linguistique ainsi que ses problèmes de leadership, le premier ministre Jean-Jacques Bertrand déclenche, à la surprise générale, l’élection le 12 mars 1970. À ce sujet, Jacques Benjamin ajoute dans son livre Comment on fabrique un Premier ministre québécois que « L’Union nationale paraît avoir entrepris la campagne électorale de 1970 sans aucune préparation. Les piliers de l’organisation de 1966 avaient été nommés à la tête de Régies d’État ou étaient plus ou moins tombés en disgrâce après avoir appuyé Jean Guy Cardinal à la chefferie du parti l’année précédente. […] Tout le monde, y compris le caucus des députés, s’attendait de toute façon à des élections pour l’automne de 1970. Mais prenant tout le monde par surprise, monsieur Bertrand les fixa au printemps ». Ce qui fait dire à Robert Bourassa : « Vous savez que monsieur Bertrand a essayé de nous prendre les culottes à terre en déclenchant les élections le 11 mars (sic). Mais le 29 avril, c’est lui pis son équipe qui vont avoir les culottes à terre avec la victoire du Parti libéral ». En constatant l’état famélique de l’organisation unioniste et le manque flagrant de préparation, certaines mauvaises langues pourraient dire que le premier ministre Bertrand s’est lui-même surpris en déclenchant l’élection aussi tôt.

 

Le slogan « Québec plus que jamais » est non sans rappeler le fameux « Québec d’abord » qui avait ouvert les portes du gouvernement à l’Union nationale en 1966. Malgré le peu de moyens financiers du Parti Québécois, ce dernier récolte de plus en plus d’appuis, notamment au sein de la base de l’Union nationale, provoquant même une nouvelle question de l’urne. Pour une première fois, la question constitutionnelle devient un thème majeur lors d’une élection. Tellement que pour tenter de conserver ses appuis nationalistes, le premier ministre sortant affirme qu’il « faut enfin que le Québec sache  il va et que le Canada tout entier le sache aussi ». Lors des assises de sa formation politique du 4 avril 1970, il a d’ailleurs ouvert la porte à la tenue d’un référendum sur l’indépendance en 1974 si les négociations constitutionnelles avec le gouvernement fédéral ne débloquaient pas dans le prochain mandat.

 

Malgré tout, l’Union nationale subit une lourde défaite lors de cette élection et ne réussira plus jamais à prendre le pouvoir au Québec. Le parti de Jean-Jacques Bertrand ne reçoit l’appui que de 19,6 % des électeurs en 1970, une baisse spectaculaire en comparaison aux 40,8 % obtenus en 1966. En nombre de sièges le résultat est aussi sombre, passant de 56 députés en 1966 à seulement 17 en 1970 ne réussissant même pas à faire réélire plusieurs ministres. L’arrivée en scène du Ralliement créditiste de Camil Samson et du Parti Québécois de René Lévesque explique en partie cette dégringolade. Le Parti Québécois a dépouillé bon nombre de ses appuis dans les villes et le Ralliement créditiste ses appuis en ruralité. 

QUÉBEC

PLUS QUE JAMAIS

Publicité du programme de l'Union nationale. Journal Le Devoir, 18 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Publicité de l'Union nationale. Journal Montréal-Matin, 28 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Les candidats

 

Parmi les 108 candidats de l’Union nationale, en voici quelques-uns :

Avocat, Gabriel Loubier est élu député de l’Union nationale dans Bellechasse le 14 novembre 1962 et réélu le 5 juin 1966. Il sera ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche dans les cabinets Johnson et Bertrand du 16 juin 1966 au 12 mai 1970 et ministre responsable du Haut-Commissariat à la jeunesse, aux loisirs et aux sports de septembre 1967 à 1970. À l’élection de 1970, il est réélu avec 6 111 votes contre le libéral Joseph-Gérald Bossé qui obtient 3 068 votes. Suite à la démission de Jean-Jacques Bertrand, il est élu chef de son parti le 19 juin 1971 et Chef de l’opposition le 6 juillet 1971.​

Après une défaite à l’élection du 14 novembre 1962, Alfred Croisetière est élu député de l’Union nationale dans la circonscription d’Iberville le 5 juin 1966. À l’élection de 1970, il est réélu avec 4 110 voix contre 3 342 pour le libéral J.-Bruno Normandin. Il occupera la fonction de Whip adjoint de l’Union nationale de 1966 jusqu’à sa défaite en 1973. 

Candidat défait à l’élection de 1966, Jean-Jacques Mercier tente de nouveau sa chance à l’élection de 1970. Malheureusement pour lui, l’enthousiasme de sa ritournelle ne lui assure pas la victoire. Il termine au troisième rang avec 6 739 votes derrière Paul Berthiaume du Parti libéral (14 408 votes) et Jean-Pierre Boutin du Parti Québécois (7 014 votes).

Vétéran, homme d’affaires et conseiller municipal, Jean Duchaine, tente sa chance comme candidat de l’Union nationale dans la circonscription de Louis-Hébert lors de l’élection de 1970. Il termine troisième (6 949 votes) loin derrière le libéral Claude Castonguay (25 026 votes) et Georges Caron du Parti Québécois (11 555). Suite à son élection, Claude Castonguay sera notamment ministre de la Santé le temps de mettre en œuvre le Régime d’assurance maladie au Québec. Cette réforme majeure sera une des réalisations phares du premier gouvernement Bourassa.

LES CANDIDATS

45 tours des candidats unionistes Jean-Jacques Mercier (Napierville-La Prairie) et Jean Duchaine (Louis-Hébert). 1970.

Collection Dave Turcotte

Vive Jean-Jacques Bertrand Vive Jean-Jacques Mercier
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Hand in hand with Jean-Jacques Bertrand All the way with Jean-Jacques Mercier
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Ritournelle du candidat unioniste Jean-Jacques mercier dans Napierville-La Prairie. 1970.

Collection Dave Turcotte

Jean Duchaine qui est-il?
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Jean Duchaine vous parle
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Présentation du  candidat unioniste Jean Duchaine dans Louis-Hébert. 1970.

Collection Dave Turcotte

Publicité du candidat unioniste Eddy Monette dans Terrebonne. 1970.

Prêt d'un collectionneur.

Affiche du candidat unioniste Roland Tremblay dans Saint-Jean. 1970.

Collection Dave Turcotte

Don de Philippe Lasnier, neveu de Roland Tremblay.

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Affiche de la porte capitonnée du bureau du député Alfred Croisetière à l'Assemblée nationale indiquant sa fonction de whip adjoint de l'Union nationale. La photo de droite illustre de telles portes, mais elles ne correspondent pas à celle du député Croisetière.

Collection Dave Turcotte

Don de Fernand Croisetière, fils d'Alfred Croisetière, député unioniste dans Iberville de 1966 à 1973.

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Ralliement créditiste du Québec

À Québec on y va !

Lors des élections fédérales de juin 1968, le Parti Crédit social ne remporte aucun siège à la Chambre des communes, tandis que le Ralliement créditiste de Réal Caouette — la section Québec à Ottawa — fait élire 14 députés (sur 72 candidats) et obtient 360 404 votes. Ce succès québécois donnera le goût aux troupes créditistes fédérales de présenter des candidats dans des « comtés sûrs » aux élections provinciales 1970. Dans son livre Élection 1970 Le point tournant, Richard B. Holden rapporte qu’en « juin 1969, les membres créditistes du Québec se prononcent, à deux contre un, pour l’entrée du parti dans la politique québécoise. Au même moment, 90 % de 1 914 membres questionnés se prononcèrent contre la séparation du Québec du reste du Canada ». En octobre 1969, un premier test électoral dans quatre partielles est loin d’être concluant. Il faut cependant préciser que Saint-Jacques, Sainte-Marie, Trois-Rivières et Vaudreuil-Soulanges ne sont pas des circonscriptions de prédilections pour la pensée créditiste. De plus, en raison des cours délais, les candidats ont du s’identifier comme « indépendant », car leur parti n’était pas encore fondé officiellement.

 

Au cours d’un congrès qui se tient les 24 et 25 janvier 1970, une semaine après le congrès à la chefferie du Parti libéral, les 1000 délégués présents souhaitent élire l’aspirant chef libéral défait Claude Wagner. Selon Holden, « les organisateurs étaient prêts à offrir le leadership sur le champ à l’ancien ministre de la Justice, mais le candidat récemment défait gardant le silence sur son avenir politique ». C’est lors de ce congrès qu’est officiellement fondé le Ralliement créditiste du Québec. À leur tête, le très coloré vendeur de voitures de Rouyn âgé de 35 ans, Camil Samson, se met rapidement au travail. 

 

Leur campagne sera basée sur le sentiment d’abandon des régions rurales tout en exploitant l’insécurité et le mécontentement économique. Deux thèmes transcenderont leur programme, « le retour du Christ dans les écoles » et plus de place pour l’entreprise privée. À ce sujet, Samson disait : « Là où un homme suffit à faire le travail dans le secteur privé, le gouvernement lui, aura cinq, six, et même sept hommes pour faire le même travail ».

Comme l’analyse Holden dans son livre, plusieurs « politiciens crurent d’abord qu’ils allaient enlever à l’Union nationale les votes des comtés ruraux et retarder la pénétration du Parti Québécois dans les rangs éloignés. Vu de plus près, l’effet aurait pu être contraire. Parce que le créditisme est un parti orienté vers le fédéralisme, et parce que le jeune chef libéral Robert Bourassa n’avait pas le temps de s’imposer comme alternative valable face à Jean-Jacques Bertrand, les libéraux mécontents pourraient bien se tourner vers le Crédit social et le vote de protestation pourrait aller au Parti Québécois, contribuant ainsi à faire perdre les quelques comtés ruraux que les libéraux avaient pu obtenir ». En sommes, l’arrivée des créditistes sur la scène québécoise venait brouiller les cartes pour tous les partis. 

 

Malgré la difficulté à recruter des candidats (le parti ne présentera que 98 candidats sur une possibilité de 108), des problèmes d’organisation apparents et quelques frictions entre l’aile fédérale et québécoise (tentative malavisée de Réal Caouette d’imposer Yvon Dupuis comme chef de la nouvelle aile québécoise), le parti fait bonne figure lors de l’élection de 1970. Avec un slogan de campagne imagé, « En 1970, pas de caprice, tout le monde vote créditiste », ce nouveau parti réussit à obtenir 11,2 % des votes et fait élire 12 députés notamment en Beauce et en Abitibi-Témiscamingue. Leur chef, Camil Samson est élu député dans Rouyn-Noranda avec 9 573 votes devant son plus proche rival Eddy Courchesne (4 013 votes) du Parti libéral.

 

Malgré ces bons résultats, les créditistes sont déchirés par les dissensions internes, et le parti déclinera rapidement.

À QUÉBEC ON Y VA!

À Québec on y va!
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Les conquérants du Québec
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45 tours des ritournelles du Ralliement créditiste du Québec. 1970.

Collection Dave Turcotte

Extrait d'un discours de Camil Samson. 1970.

Youtube

Extrait d'un discours de Camil Samson. 1970.

Youtube

 

Résultats électoraux

En chiffres

Les députés élus

 Abitibi-Est : Ronald Tétrault (Ralliement créditiste)

 Abitibi-Ouest : Aurèle Audet (Ralliement créditiste)

 Ahuntsic : François Cloutier (Parti libéral)

 Argenteuil : Zoël Saindon (Parti libéral)

 Arthabaska : Jean-Gilles Massé (Parti libéral)

 Bagot : Jean-Guy Cardinal (Union nationale)

 Beauce : Fabien Roy (Ralliement créditiste)

 Beauharnois : Gérard Cadieux (Parti libéral)

 Bellechasse : Gabriel Loubier (Union nationale)

 Berthier : Guy Gauthier (Union nationale)

 Bonaventure : Gérard D. Levesque (Parti libéral)

 Bourassa : Georges-Émery Tremblay (Parti libéral)

 Bourget : Camille Laurin (Parti Québécois)

 Brome : Glendon Pettes Brown (Parti libéral)

 Chambly : Pierre Laporte (Parti libéral)

 Champlain : Normand Toupin (Parti libéral)

 Charlevoix : Raymond Mailloux (Parti libéral)

 Châteauguay : George Kennedy (Parti libéral)

 Chauveau : André Harvey (Parti libéral)

 Chicoutimi : Jean-Noël Tremblay (Union nationale)

 Compton : Omer Dionne (Parti libéral)

 D'Arcy-McGee : Victor Goldbloom (Parti libéral)

 Deux-Montagnes : Jean-Paul L'Allier (Parti libéral)

 Dorchester : Florian Guay (Ralliement créditiste)

 Dorion : Alfred Bossé (Parti libéral)

 Drummond : Bernard Pinard (Parti libéral)

 Dubuc : Roch Boivin (Union nationale)

 Duplessis : Henri-Laurier Coiteux (Parti libéral)

 Fabre : Gilles Houde (Parti libéral)

 Frontenac : Paul-André Latulippe (Ralliement créditiste)

 Gaspé-Nord : François Gagnon (Union nationale)

 Gaspé-Sud : Guy Fortier (Parti libéral)

 Gatineau : Roy Fournier (Parti libéral)

 Gouin : Guy Joron (Parti Québécois)

 Hull : Oswald Parent (Parti libéral)

 Huntingdon : Kenneth Fraser (Parti libéral)

 Iberville : Alfred Croisetière (Union nationale)

 Îles-de-la-Madeleine : Louis-Philippe Lacroix (Parti libéral)

 Jacques-Cartier : Noël Saint-Germain (Parti libéral)

 Jean-Talon : Raymond Garneau (Parti libéral)

 Jeanne-Mance : Aimé Brisson (Parti libéral)

 Joliette : Robert Quenneville (Parti libéral)

 Jonquière : Gérald Harvey (Parti libéral)

 Kamouraska : Jean-Marie Pelletier (Parti libéral)

 Labelle : Fernand Lafontaine (Union nationale)

 Lac-Saint-Jean : Roger Pilote (Parti libéral)

 LaFontaine : Marcel Léger (Parti Québécois)

 L'Assomption : Jean Perreault (Parti libéral)

 Laurier : André Marchand (Parti libéral)

 Laval : Jean-Noël Lavoie (Parti libéral)

 Laviolette : Prudent Carpentier (Parti libéral)

 Lévis : Joseph-Aurélien Roy (Ralliement créditiste)

 Limoilou : Fernand Houde (Parti libéral)

 L'Islet : Julien Giasson (Parti libéral)

Les députés élus

 Lotbinière : Jean-Louis Béland (Ralliement créditiste)

 Louis-Hébert : Claude Castonguay (Parti libéral)

 Maisonneuve : Robert Burns (Parti Québécois)

 Marguerite-Bourgeoys : Claire Kirkland-Casgrain (Parti libéral)

 Maskinongé : Rémi Paul (Union nationale)

 Matane : Jean Bienvenue (Parti libéral)

 Matapédia : Bona Arsenault (Parti libéral)

 Mégantic : Bernard Dumont (Ralliement créditiste)

 Mercier : Robert Bourassa (Parti libéral)

 Missisquoi : Jean-Jacques Bertrand (Union nationale)

 Montcalm : Marcel Masse (Union nationale)

 Montmagny : Jean-Paul Cloutier (Union nationale)

 Montmorency : Louis Vézina (Parti libéral)

 Napierville-Laprairie : Paul Berthiaume (Parti libéral)

 Nicolet : Clément Vincent (Union nationale)

 Notre-Dame-de-Grâce : William Tetley (Parti libéral)

 Olier : Fernand Picard (Parti libéral)

 Outremont : Jérôme Choquette (Parti libéral)

 Papineau : Mark Assad (Parti libéral)

 Pontiac : Jean-Guy Larivière (Parti libéral)

 Portneuf : Antoine Drolet (Ralliement créditiste)

 Richelieu : Claude Simard (Parti libéral)

 Richmond : Yvon Brochu (Ralliement créditiste)

 Rimouski : Maurice Tessier (Parti libéral)

 Rivière-du-Loup : Paul Lafrance (Parti libéral)

 Robert-Baldwin : Arthur Ewen Séguin (Parti libéral)

 Roberval : Robert Lamontagne (Parti libéral)

 Rouville : Marcel Ostiguy (Parti libéral)

 Rouyn-Noranda : Camil Samson (Ralliement créditiste)

 Saguenay : Lucien Lessard (Parti Québécois)

 Sainte-Anne : George Springate (Parti libéral)

 Sainte-Marie : Charles-Henri Tremblay (Parti Québécois)

 Saint-Henri : Gérard Shanks (Parti libéral)

 Saint-Hyacinthe : Fernand Cornellier (Parti libéral)

 Saint-Jacques : Claude Charron (Parti Québécois)

 Saint-Jean : Jacques Veilleux (Parti libéral)

 Saint-Laurent : Léo Pearson (Parti libéral)

 Saint-Louis : Harry Blank (Parti libéral)

 Saint-Maurice : Philippe Demers (Union nationale)

 Saint-Sauveur : Armand Bois (Ralliement créditiste)

 Shefford : Armand Russell (Union nationale)

 Sherbrooke : Jean-Paul Pépin (Parti libéral)

 Stanstead : Georges Vaillancourt (Parti libéral)

 Taillon : Guy Leduc (Parti libéral)

 Témiscamingue : Gilbert-Roland Théberge (Parti libéral)

 Témiscouata : Montcalm Simard (Union nationale)

 Terrebonne : Denis Hardy (Parti libéral)

 Trois-Rivières : Guy Bacon (Parti libéral)

 Vaudreuil-Soulanges : Paul Phaneuf (Parti libéral)

 Verchères : Guy Saint-Pierre (Parti libéral)

 Verdun : Lucien Caron (Parti libéral)

 Westmount : Kevin Drummond (Parti libéral)

 Wolfe : René Lavoie (Union nationale)

 Yamaska : Benjamin Faucher (Parti libéral)

ÉLECTION 1970

Mosaïque des 108 députés de l’Assemblée nationale du Québec de 1970. Assemblée nationale du Québec, 1970.

Collection Dave Turcotte

Don de George Springate, élu député libéral dans Sainte-Anne en 1970, réélu en 1973, puis dans Westmount en 1976.

Des 466 candidats de l’élection de 1970, 5 d’entre eux auront ou occuperont la fonction de premier ministre du Québec au moins une fois dans leur vie.

 

Jean-Jacques Bertrand

21e premier ministre du Québec de 1968 à 1970

Candidat élu dans Missisquoi 

Robert Bourassa 

22e premier ministre du Québec de 1970 à 1976 et de 1985 à 1994

Candidat élu dans Mercier 

René Lévesque

23e premier ministre du Québec de 1976 à 1985

Candidat défait dans Laurier

Jacques Parizeau

26e premier ministre du Québec de 1994 à 1996

Candidat défait dans Ahuntsic

Bernard Landry

28e premier ministre du Québec de 2001 à 2003

Candidat défait dans Joliette 

Combien de candidats

de l’élection de 1970

ont été premiers ministres du Québec ?

UNE du journal La Presse. 30 avril 1970.

Collection Dave Turcotte

Vous souhaitez vivre

l’élection de 1970

de l’intérieur ?

Nous vous invitons à visionner le documentaire Québec : Duplessis et après… Élections 1970 1970 : et si Duplessis était encore vivant ? du célèbre cinéaste Denys Arcand. Vous y découvrirez plusieurs candidats de cette élection, dont le futur premier ministre Bernard Landry.

« Ce long métrage documentaire fait un parallèle audacieux entre la campagne électorale de 1970, au Québec, et celle de Maurice Duplessis, en 1936. Grâce à des extraits soumis à un montage serré, le cinéaste, presque pamphlétaire, examine le bouillonnement d’espoir suscité par les élections provinciales de 1970 et pose la question : la Révolution tranquille a-t-elle vraiment changé quelque chose au Québec ? Est-il possible que se lève un homme nouveau, en politique, au Québec ? »

Sources

Livres

Benjamin, Jacques (1975). « La fabrication d'images de la campagne 1970 », dans Comment on fabrique un Premier ministre québécois. Montréal : Éditions de l'Aurore, p. 63-80.

Guay, Jean-Herman ; Gaudreau, Serge (2018). « 29 avril 1970 : à l’heure du réalignement », dans Les élections au Québec : 150 ans d’une histoire mouvementée. Québec : Presses de l’Université Laval, p. 339-348. 

Holden, Richard B. (1970). Élection 1970, Le point tournant. Montréal : Éditions Ariès. 

Latouche, Daniel ; Lord, Guy et Vaillancourt, Jean-Guy (sous la direction de) (1976). Le processus électoral au Québec : les élections provinciales de 1970 et 1973. Montréal : Hurtubise HMH Ltée.

Lavigne, Alain (2018). Bourassa et Lévesque : Marketing de raison contre marketing de passion. Québec : Les éditions du Septentrion.

Lemieux, Vincent ; Gilbert, Marcel et Blais, André (1970). Une élection de réalignement, l'élection générale du 29 avril 1970 au Québec. Montréal : Éditions du Jour.

Smith, Bernard (1970). Les élections 1970 au Québec. Le Coup d'état du 29 avril. Montréal : Éditions Actualité.

Articles

Auteur inconnu (1970, 30 avril). « Le chef du PQ défait dans sa circonscription ». Le Devoir (Montréal). 

Latouche, Daniel (2008, 18 février). « Jean-Jacques Bertrand ». L’encyclopédie canadienne (Toronto).

 

Lavigne, Alain (2018, 22 septembre). « Élections de 1970 : machines électorales et ressources marketing inégales ». Le Devoir (Montréal).

Audio-visuel

Arcand, Denys. (1972). Québec : Duplessis et après... Élections 1970 : et si Duplessis était encore vivant? [DVD]. Montréal : ONF.

Beauchamp, Jacques. (2017). « L’arrivée au pouvoir de Robert Bourassa en 1970 », dans Aujourd’hui l’histoire. Montréal : Ici Première.

Bouchard, Jacques. (2002). Point de mire sur René Lévesque [CD audio]. Montréal : Société Radio-Canada/GSI Musique. 

Cossette-Trudel, Jacques. (2000). Une révolution tranquille 1960-1980 [DVD]. Montréal : Imavision.

Lefebvre, Geneviève. (2006). René [DVD]. Montréal : Ciné Télé Action

Tremblay, Michel J. (2003). Robert Bourassa : Le premier ministre [CD audio]. Montréal : Imavision/Société Radio-Canada. 

Sites 

Assemblée nationale du Québec

Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec

Bilan du siècle

Élection Québec

Parti libéral du Québec

Parti Québécois

Wikipédia