Les premiers ministres du Québec

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15e premier ministre du Québec

11 juin 1936 au 26 août 1936

&

8 novembre 1939 au 30 août 1944

Libéral

L’homme

L’historien Robert Rumilly décrit celui qui sera le 10e premier ministre du Québec ainsi : « Flynn était un de ces hommes de taille moyenne, d’apparence peu robuste, froids et sans éclat, qui n’attirent ni les dévouements absolus ni la haine. Un professeur de droit, pesant le pour et le contre — l’homme le plus minutieux de la province, disait-on — travailleur, honnête et de bonne volonté. »  

 

Edmund James Flynn nait le 16 novembre 1847 à Percé. Il est le fils d’Elizabeth Tostevin et du pêcheur James Flynn. Selon le Dictionnaire biographique du Canada, « les Flynn qui se sont établis à Percé, en Gaspésie, étaient d’origine irlandaise. Le grand-père paternel d’Edmund James, Edmund, est né à Percé, où il a dirigé une importante maison de commerce et a été agent de douane. Du côté maternel, son grand-père, John, était originaire de l’île de Guernesey et sa grand-mère, de celle de Jersey. Son père a vécu du commerce, de la pêche et de la culture de la terre. Sa mère est elle aussi née à Percé. »

 

Bilingue et catholique, Edmund James étudie au Séminaire de Québec de 1860 à 1865. De 1867 à 1869, il s’initie à l’administration en tant que registraire adjoint, protonotaire adjoint, greffier adjoint à la Cour du banc de la reine, registraire à la Cour de circuit du district de Gaspé et secrétaire-trésorier de la municipalité de Percé. Il poursuit ses études en droit à l’Université Laval, à Québec, de 1871 à 1873, année où il obtient sa licence avec distinction. Le 16 septembre 1873, il est admis au Barreau et commence à exercer sa profession dans sa région natale.

 

En 1874, il déménage à Québec. Le 11 mai 1875, il y épouse Augustine Côté. Elle est la fille d'Émilie Lemieux et d’Augustin Côté, éditeur et propriétaire du Journal de Québec. Ensemble, ils ont 11 enfants, dont 4 survécurent à leur père. Dans sa nouvelle ville, il pratique le droit en association avec Édouard Rémillard, François-Xavier Drouin et Jean Gosselin, puis avec son fils Francis. Dès son arrivée à Québec et jusqu’à sa mort, il enseigne à l’Université Laval où il obtient un doctorat en droit en 1878. Il y est professeur agrégé et licencié en droit de 1874 à 1878, professeur titulaire de droit romain de 1874 à 1927, secrétaire de la Faculté de droit de 1874 à 1880, membre du conseil de 1891 à 1927, doyen de la Faculté de droit de 1915 à 1921, membre du Bureau des gouverneurs de 1915 à 1927 et professeur émérite en 1926 et en 1927.

L'HOMME

Photographies d'Edmund James Flynn.

Prêt de la famille Flynn

Arbre généalogique d'Edmund James Flynn.

Prêt de la famille Flynn

Acte du mariage d'Edmund James Flynn et d'Augustine Côté. 11 mai 1875.

Ancestry

Descendance d'Edmund James Flynn et d'Augustine Côté.

Prêt de la famille Flynn

Photographie de Jeanne Lussier, épouse de Francis Flynn, un des fils d'Edmund James Flynn.

Prêt de la famille Flynn

Photographie de Jeanne Lussier, épouse de Francis Flynn, entourée de ses enfants Françoise, Jacques et Jean.

Jacques Flynn, le petit-fils d'Edmund James Flynn, sera ministre et sénateur à Ottawa.

Prêt de la famille Flynn

Lovell's Canadian Dominion Directory nommant Edmund James Flynn et indiquant ses charges de registraire adjoint et de secrétaire-trésorier de la municipalité de Percé. 1871. 

Ancestry

Le député

 

 Élection fédérale du 22 janvier 1874 

 

Rapidement, Flynn se découvre un grand intérêt pour la politique. En vue de l’élection fédérale du 22 janvier 1874, il se porte candidat libéral dans la circonscription de Gaspé. Cependant, il se retire de la course suite à son engagement à titre de professeur à l’Université Laval.

 Élection québécoise du 7 janvier 1875 

 

L’année suivante, en vue de l’élection québécoise du 7 juillet 1875, la première au suffrage secret, il est candidat libéral dans la circonscription de Gaspé. Il est défait par 263 voix face à son opposant conservateur le docteur Pierre-Étienne Fortin. En 1877, Flynn accuse Fortin d’avoir profité de l’intervention du clergé lors de son élection en 1875. Le scrutin est annulé. Une fois disculpé, Fortin est de nouveau candidat contre Flynn lors de l’élection partielle du 2 juillet 1877. Flynn est de nouveau défait par seulement 83 voix.

 

 Élection québécoise du 1er mai 1878 

Loin de se décourager, Flynn tente de nouveau sa chance et se présente sous la bannière libérale dans la circonscription de Gaspé en vue de l’élection québécoise du 1er mai 1878. Sa détermination est récompensée. Il est élu par acclamation et devient enfin député.

Le Dictionnaire biographique du Canada raconte qu’à « ces élections générales, le pouvoir revient aux libéraux menés par Henri-Gustave Joly [de Lotbinière]. L’Assemblée législative compte cependant un nombre égal de députés libéraux et conservateurs. Joseph-Adolphe Chapleau, chef de l’opposition, fait alors des offres à certains députés libéraux pour les convaincre de laisser tomber Joly et de rompre l’équilibre des sièges en faveur des conservateurs. Flynn reçoit probablement des propositions précises de Chapleau. Le 29 octobre 1879, avec quatre collègues libéraux, il vote pour la proposition de William Warren Lynch, qui réclame la mise en place d’un gouvernement de coalition. Il se prononce ainsi contre son parti, qui souhaite plutôt l’abolition du Conseil législatif. En rejoignant les rangs du Parti conservateur, ces députés rendent minoritaire le gouvernement de Joly, qui doit démissionner. Le nouveau premier ministre, Chapleau, règle ses dettes et accorde au transfuge de Gaspé le portefeuille des Terres de la couronne. Après une présence d’un an et demi seulement à l’Assemblée législative, Flynn est déjà devenu commissaire (ministre). Minutieux, honnête et dévoué, il s’attelle à la tâche tout en étant étroitement surveillé par les libéraux qui essaient en Chambre d’embarrasser ce traître. »

LE DÉPUTÉ

Portraits des premiers ministres du Québec Henri-Gustave Joly de Lotbinière et Joseph-Adolphe Chapleau.

Collection Dave Turcotte

Portrait et signature de Joseph-Adolphe Chapleau.

Collection Dave Turcotte

Le ministre

 Élection partielle du 6 décembre 1879 

À cette époque, tout député admis au cabinet ministériel doit offrir sa démission de son poste de député et se faire réélire. Conformément à cette pratique, son siège de député de Gaspé devient vacant lors de sa nomination à titre de commissaire des Terres de la couronne au sein du cabinet ministériel du nouveau premier ministre Chapleau, le 31 octobre 1879. Il est réélu sans opposition député conservateur dans sa circonscription à l'élection partielle du 6 décembre 1879.

 

 Élection québécoise du 2 décembre 1881 

En vue de l’élection québécoise du 2 décembre 1881, Flynn est de nouveau candidat conservateur dans la circonscription de Gaspé. Il est réélu sans opposition.

 

Le 29 juillet 1882, le premier ministre Chapleau quitte son poste pour devenir secrétaire d’État au fédéral, dans le cabinet du premier ministre John A. Macdonald. Le 30 juillet 1882, Joseph-Alfred Mousseau, qui occupait ce poste, devient le 6e premier ministre du Québec, mais ne retient pas les services de Flynn dans son cabinet. Flynn redevient donc simple député.

 

Le 22 janvier 1884, Mousseau laisse à son tour la fonction de premier ministre après avoir été nommé juge à la Cour supérieure du Québec. Le nouveau premier ministre, John Jones Ross, réintègre Flynn au sein du cabinet ministériel à titre de commissaire des Chemins de fer le 11 février 1884 jusqu’à l’abolition de cette fonction le 27 juillet 1886, puis comme solliciteur général le 12 mai 1885.

 

 Élection partielle du 2 avril 1884 

Suite à sa nomination au sein du cabinet, comme le veut la pratique, Flynn quitte son poste de député pour le reconquérir. Il est réélu député conservateur de Gaspé à l'élection partielle du 2 avril 1884.

LE MINISTRE

Portraits des premiers ministres du Québec Joseph-Alfred Mousseau et John Jones Ross.

Collection Dave Turcotte

Guide parlementaire historique de la Province de Québec : 1792 à 1902 par Joseph Desjardins de la Bibliothèque de la Législature de Québec. 1902.

Collection Dave Turcotte

De l’opposition …

« Le 1er août 1885 [Louis] Riel est condamné à mort. Au Québec, c’est un tollé de protestation et tous supplient le gouvernement [fédéral] de commuer la sentence en peine d’emprisonnement. [Honoré] Mercier (chef de l’opposition à Québec) écrit à [Joseph-Adolphe] Chapleau (ministre à Ottawa) : « Si Riel est pendu sans que tu résignes, tu es un homme fini ; si tu résignes, tu sauves Riel… J’ai tout à gagner comme chef de parti si tu restes… Résigne, Chapleau, et mets-toi à la tête de la province. Je serai à tes côtés pour t’aider de mes faibles efforts et bénir ton nom avec notre frère Riel, sauvé de l’échafaud. » » rapporte le Mémorial du Québec.

 

Le Mémorial du Québec ajoute que « Mercier est prêt à abandonner toute ambition politique si Chapleau sauve Riel. Chapleau de crainte de provoquer une guerre civile ne démissionne pas et Riel est pendu à Régina le 16 novembre 1885. Six jours plus tard, Mercier s’adresse à plus de 50 000 personnes au Champ-de-Mars [à Montréal]. Il propose la formation d’un parti national qui regrouperait tous ceux qui ont à cœur la protection des intérêts québécois qu’ils soient libéraux ou conservateurs et s’attaque violemment à Chapleau : « Cartier aurait défendu notre frère (Riel) avec la grande énergie qui le caractérisait… il aurait jeté son portefeuille à la face de Sir John [A. Macdonald] … Chapleau… a préféré la mort à la vie ; la mort pour lui, la mort pour Riel ; sa carrière est brisée comme celle de Riel, seulement celui-ci est tombé en homme, celui-là en traître. » La foule applaudit frénétiquement. Du jour au lendemain, principalement à cause de l’affaire Riel, Mercier devient le chef de file de tous les Québécois francophones. »

 

 Élection québécoise du 14 octobre 1886 

Lors des absences du premier ministre John Jones Ross, Flynn doit affronter Mercier au parlement et une opposition enragée. Il tente bien que mal de défendre le point de vue de son gouvernement, qui refuse de blâmer l’attitude du gouvernement conservateur fédéral dans l’affaire Louis Riel. Dans le livre Les élections au Québec, on constate le ton dur des échanges politiques. « L’affaire Riel continue de jouer le rôle de catalyseur. Impitoyable, la presse libérale parle des conservateurs comme des « pendards » et qualifie leur formation de « parti de la corde ». Le 13 octobre 1886, la veille du scrutin, La Patrie lance des appels sans équivoque — « À bas les traîtres au sentiment national », « Votez pour les vrais Canadiens français ! » —, alors que le titre « Riel » coiffe un article résumant cette saga maintenant vieille d’un an. D’abord ciblées contre Ottawa, les attaques sont devenues graduellement des armes électorales contre les conservateurs provinciaux, placés eux aussi au banc des accusés. »

En vue de l’élection québécoise du 14 octobre 1886, Flynn est candidat conservateur dans la circonscription de Gaspé. Il est réélu par acclamation. Malgré sa victoire, le Parti conservateur connait un sort tout autre. Les libéraux font élire 33 députés avec 39 % des votes et les conservateurs 26 avec 46 %. Il y a 3 députés conservateurs indépendants et 3 députés nationalistes. Dans l’Histoire du Québec contemporain, il est dit qu’à cette élection, « Le Parti conservateur tente de rester au pouvoir et de détacher de Mercier les conservateurs nationaux, mais sans succès. Dans une ultime manœuvre, Ross démissionne [le 25 janvier 1887] et cède sa place à l’ultramontain Louis-Olivier Taillon. Celui-ci n’est premier ministre que pendant quatre jours. À l’ouverture de la session, en janvier 1887, il est défait en chambre et doit démissionner. Honoré Mercier devient alors premier ministre. » Flynn se retrouve pour la première fois sur les banquettes de l’opposition.

 

 Élection québécoise du 17 juin 1890 

L’Histoire du Québec contemporain ajoute que « le prestige et la popularité de Mercier s’accroissent et, aux élections [du 17 juin] 1890, les libéraux obtiennent une nette majorité des sièges. » Même le vétéran Flynn est défait dans Gaspé par 290 voix face à son adversaire libéral.

 

 Élection fédérale du 5 mars 1891 

L’année suivante, il tente sa chance en se portant candidat conservateur dans la circonscription de Québec en vue de l’élection fédérale du 5 mars 1891. Il est de nouveau défait.

 

 

… au pouvoir

 

Rapidement, les choses se dégradent pour le gouvernement Mercier. Toujours selon l’Histoire du Québec contemporain, « la corruption s’est installée dans l’entourage du premier ministre et, en 1891, éclate le scandale de la baie des Chaleurs. L’entrepreneur chargé de construire le chemin de fer de la baie des Chaleurs a obtenu du gouvernement une subvention de 175 000 $ à laquelle il n’avait pas vraiment droit. Il l’a obtenue par l’intermédiaire d’Ernest Pacaud, trésorier du Parti libéral, à qui il a versé 100 000 $. Cette somme a permis à Pacaud de payer les dettes de certains ministres. Même si une commission n’a pu établir que Mercier connaissait cette transaction, le lieutenant-gouverneur Auguste-Réal Angers renvoie le premier ministre et appelle de Boucherville à lui succéder. »

 

Le 16 décembre 1891, Mercier est destitué de ses fonctions de premier ministre par le lieutenant-gouverneur. Il demeure toutefois député. Il est cité à procès l’année suivante et il est déclaré non coupable. L’ex-premier ministre conservateur Charles-Eugène Boucher de Boucherville est désigné de nouveau à cette fonction. Le 21 décembre 1891, il nomme Flynn commissaire des Terres de la couronne.

 

 Élection québécoise du 8 mars 1892 

Minoritaire devant les députés libéraux de Mercier, le nouveau premier ministre de Boucherville appelle les Québécois aux urnes le 8 mars 1892. Le livre Histoire du Québec contemporain rapporte que « contre Mercier les conservateurs exploitent à fond le scandale de la baie des Chaleurs et d’autres cas de corruption. La plupart des conservateurs nationaux se détachent de Mercier et retournent au bercail du Parti conservateur. C’est la fin du Parti national, tel que le concevait Mercier. L’exploitation des scandales permet un renversement complet par rapport aux élections de 1890. Les conservateurs balaient le Québec et se retrouvent au pouvoir face à une opposition libérale décimée. » Flynn ne court aucun risque. Il est candidat conservateur dans les circonscriptions de Gaspé et de Matane, ce que lui permet la loi de l’époque. Il est doublement élu. Il choisit Gaspé, démissionne le 6 juin 1892 de son siège de Matane et conserve son poste de commissaire des Terres de la couronne.

 

L’ex-premier ministre Louis-Olivier Taillon redevient premier ministre le 16 décembre 1892 suite à la démission de de Boucherville. Flynn demeure commissaire des Terres de la couronne au sein du cabinet ministériel, mais se voit ajouter la fonction de procureur général intérimaire du 16 au 31 décembre 1892.

 

La situation politique de l’époque est présentée ainsi dans l’Histoire du Québec contemporain : « Ce retour massif des Québécois aux conservateurs constitue plus un accident de parcours qu’un véritable réalignement des forces. Le Parti conservateur est engagé dans un processus de déclin. Les vieilles querelles reprennent entre ultramontains et modérés. Pendant ce temps, Laurier, chef des libéraux fédéraux, implante solidement son parti au Québec et prépare la chute des conservateurs aux deux paliers de gouvernement. […] Venant à la suite de Mercier et de sa politique de grandeur, les administrations de Boucherville et Taillon paraissent assez ternes. L’heure est à la modestie dans les actions gouvernementales. Les deux premiers ministres œuvrent dans une conjoncture qui ne leur est pas particulièrement favorable. La première moitié de la décennie 1890 est une période de faible croissance économique et, à cause des importantes dépenses réalisées par Mercier, les finances de l’État sont grevées lourdement. Les conservateurs doivent pratiquer une politique d’économie, supprimant certains postes, remettant à plus tard des travaux publics. Ils doivent aussi imposer de nouvelles taxes qui se révèlent fort impopulaires. […] Les conservateurs du Québec sont affectés par les difficultés que connait leur parti au niveau fédéral. À Ottawa, la mort de John A. Macdonald, les rivalités internes, la succession rapide des premiers ministres (5 en 5 ans) et surtout le débat autour de la question des écoles du Manitoba affaiblissent le parti. »

 

« Éclairé, efficace et capable de grandes idées » au dire du Dictionnaire biographique du Canada, Flynn compte plusieurs réalisations à son bilan de ministre :

 Modernisation de la loi des mines 

 

L’historien Robert Rumilly raconte que Flynn, « commissaire des Terres, en 1880, avait tenu à jour la législation minière. En 1890, le gouvernement Mercier avait modifié sa loi. En 1892, Flynn, redevenu commissaire des Terres, proposa une nouvelle loi des mines, compromis suggéré par l’expérience entre la loi de 1880 et celle de 1890. La province produisait, en chiffres ronds, 1 200 000 $ d’amiante, 500 000 $ de phosphates et 500 000 $ de cuivre par an. « Si nous pouvions, dit Flynn, exploiter nos mines de fer, nous ne serions pas en peine d’importer un million de piastres de rails. » »

 

 

 Promotion de la colonisation 

 

À titre de commissaire des Terres, Flynn dirigera la publication du « Guide du colon », une brochure de 125 pages, qui selon l’historien Robert Rumilly « facilita les démarches des acquéreurs de terres de la Couronne [et] provoqua quelques vocations de colons ».

 

 

 Règlement de la question des titres de propriété aux îles de la Madeleine 

 

L’historien Robert Rumilly met en contexte cette réalisation : « Les Madelinots sont d’origine acadienne. Ils se raccrocheraient au sol avec la persévérance de leur race, si le sol pouvait leur appartenir. Or l’Angleterre a concédé les îles de la Madeleine à l’amiral Coffin, par lettres patentes du 24 avril 1798 […]. Et la loi de 1854, la grande mesure du régime de l’Union, abolissant « les droits et devoirs féodaux en Bas-Canada » ne s’applique pas aux îles de la Madeleine. À la fin du 19e siècle, le privilège de l’amiral Coffin subsiste, en faveur de ses héritiers. Ceux-ci refusent de vendre la moindre parcelle de terre. Ils accordent seulement des concessions, dont ils touchent les rentes, par l’intermédiaire d’un agent, petit potentat des îles. Pour paître une vache maigre et quelques moutons, pour récolter deux poches de pommes de terre, il faut payer des rentes. Les Coffin prétendent toucher ces rentes indéfiniment, ne jamais céder la propriété à leurs censitaires. En 1894, l’archipel abrite de cinq à six mille âmes. Les Madelinots s’agitent depuis près d’un demi-siècle contre cette injustice. Ils demandent le rachat forcé des droits des Coffin par la province, ou toute autre mesure leur ouvrant l’accès à la propriété. À plusieurs reprises déjà, les gouvernants se sont intéressés à la question. […] Enfin en 1894, le commissaire des Terres, Flynn, lui aussi député de Gaspé, décide d’aboutir et envoie de nouveaux enquêteurs. En fin de session — et en fin d’année — de 1894, Flynn fait voter une mesure permettant le rachat des rentes aux îles de la Madeleine. Il la complète par [une loi], séparant les îles du comté de Gaspé pour former, à partir des prochaines élections provinciales, un comté distinct. »

 

 

 Création du parc de la Montagne tremblante 

 

Saviez-vous que ? Selon le site Internet de la Sépaq : « En 1894, un médecin projette d'établir un sanatorium sur la montagne Tremblante. Le gouvernement acquiesce, créant du même coup une « réserve forestière de l'État » : le parc de la Montagne-Tremblante est né, mais le sanatorium ne verra jamais le jour.  À sa création, le 12 janvier 1895, le parc de la Montagne Tremblante est une réserve forestière constituée en grande partie du mont Tremblant. Il s'étend sur 60 km2, entre le lac Tremblant et la rivière du Diable. » 

 

 

 

 Création du parc national des Laurentides 

 

Saviez-vous que ? Selon le site Internet de la Sépaq : « Le parc des Laurentides a été créé en 1895 dans le but de constituer une réserve forestière et un lieu de loisir pour la population. Sa superficie originale était de 6480 km2. Plus tard, le parc a pris de l’expansion jusqu’à atteindre 9663 km2. En 1981, la majeure partie de ce territoire (7861 km2) prend le statut de réserve faunique avec une vocation axée sur la faune, par le contrôle de la chasse et de la pêche, et sur l’exploitation forestière. Cette réserve tient son nom de l’imposant massif montagneux des Laurentides où elle se trouve parmi plusieurs sommets dépassant 1 000 m d'altitude. » 

DE L'OPPOSITION

AU POUVOIR

Portraits des premiers ministres du Québec Louis-Olivier Taillon et Honoré Mercier.

Collection Dave Turcotte

Lettre du premier ministre Honoré Mercier au lieutenant-gouverneur Auguste Réal Angers en lien avec l'affaire de la baie des Chaleurs.

Collection Dave Turcotte

Carte postale du boulevard Talbot et du Grand Lac Jacques Cartier dans le Parc des Laurentides. Photographie de Laval Couët.

Collection Dave Turcotte

Le premier ministre

Le 4 mai 1896, le premier ministre Taillon offre sa démission au lieutenant-gouverneur pour faire le saut en politique fédérale à titre de ministre des Postes dans le cabinet du premier ministre Charles Tupper. C’est à ce moment que la carrière politique de Flynn prend un autre tournant. Le Dictionnaire biographique du Canada rapporte ceci : « Comme cette nomination se fait rapidement, « il ne convient guère, écrit Taillon au lieutenant-gouverneur [Joseph-Adolphe] Chapleau le 4 mai, que je vous offre mon avis sur le choix de mon successeur ». Le lieutenant-gouverneur ne veut pas offrir le poste à un membre du cabinet lié à la tendance ultramontaine ou « castor » du Parti conservateur, mais plutôt à un membre de l’aile modérée représentée par Guillaume-Alphonse Nantel et Flynn. Comme Chapleau récuse les « castors » et ceux-ci récusent Nantel, Flynn, qui est doyen du cabinet et qui ne soulève aucune objection d’ordre personnel, est un bon compromis. Le lieutenant-gouverneur fait une offre symbolique à Nantel, qui refuse de former un nouveau cabinet. C’est ainsi que Flynn devient, le 11 mai 1896, le dixième premier ministre de la province de Québec. Dans son cabinet, où Thomas Chapais et Louis-Philippe Pelletier sont les membres les plus vigoureux, il se réserve le portefeuille des Travaux publics. L’équipe devra cependant fonctionner sans deux piliers du parti, Taillon et Thomas Chase-Casgrain, qui, lui aussi, quittera bientôt Québec pour Ottawa. »

 

Ainsi, selon l’historien Robert Rumilly, le tout nouveau lieutenant-gouverneur et ex-premier ministre du Québec, Joseph-Adolphe Chapleau, « récompen[se] volontiers l’un des cinq « veaux » qui l’avaient aidé à prendre le pouvoir, une vingtaine d’années plus tôt. » Rumilly décrit le nouveau premier ministre comme un « honnête homme, ambitieux comme tous les Irlandais, mais lent, hésitant et naïf. Un professeur, beaucoup plus qu’un organisateur politique. »

 

 Cabinet d’Edmund James Flynn, 10e premier ministre du Québec, le 11 mai 1896 : 

 

Edmund James Flynn : premier ministre, commissaire des Travaux publics

 

Albert William Atwater : trésorier provincial

 

Michael Felix Hackett : secrétaire provincial

 

Louis-Philippe Pelletier : procureur général

 

Louis Beaubien: commissaire de l'Agriculture et de la Colonisation

 

Guillaume-Alphonse Nantel : commissaire des Terres de la Couronne

 

Thomas Chapais : président du Conseil exécutif

 

Saviez-vous que? Le 8 juillet 1896, dans un dernier décret du gouvernement fédéral de Charles Tupper, la superficie du Québec s’agrandit significativement par l’annexion de la région de l'Abitibi jusqu'à la rivière Eastmain.

 

Constatant l’engouement des Québécois pour les libéraux de Laurier et implicitement de Marchand, Flynn se met tout de suite en campagne. L’historien Robert Rumilly rapporte que « le 6 septembre, il tint une assemblée à Saint-Jean-Port-Joli, avec [Louis-Philippe] Pelletier et [Thomas] Chapais. Et dans une sorte de discours-manifeste, il esquissa le programme de son gouvernement. Le ton était optimiste : « Nos campagnes sont en pleine voie de régénération; l’instruction agricole se répand; nos écoles spéciales se peuplent d’élèves. Un redressement s’est opéré depuis le régime Mercier, dont les extravagances avaient ruiné la province. Si les gouvernements conservateurs, celui de M. de Boucherville et celui de M. Taillon, ont emprunté et taxé, c’est pour boucher les trous creusés par le gouvernement Mercier. Ils y ont assez bien réussi; à la prochaine session, nous pourrons élargir notre politique ferroviaire et abolir la taxe sur les mutations d’immeubles. » Flynn indiquait, d’une manière discrète, mais claire, la rupture avec les principes un peu draconiens de Taillon. Il accordait des concessions jusque dans le domaine de l’enseignement. Sans justifier, certes, les prétentions des radicaux, Flynn reconnaît qu’on a trop poussé la jeunesse canadienne vers les humanités, les études classiques. Il faut d’abord élever le niveau études primaires, en commençant par mieux payer les instituteurs. Puis, au sortir de l’enseignement primaire, diriger un plus grand nombre de jeunes gens vers les écoles d’agriculture. »

 

Le Dictionnaire biographique du Canada qualifie le programme de Flynn de « moins austère que celui de Taillon, mais plus prudent que celui de Mercier. » Rumilly ajoute que « le programme de Flynn n’était pas si mesquin, ainsi qu’on le verrait à l’ouverture de la session provinciale. Car le gouvernement convoquait une sixième session de la législature — fait sans précédent, et resté unique à l’époque où nous écrivons. C’est qu’il redoute l’appel aux électeurs, dirent les libéraux. […] Le gouvernement tardait à tenir les quatre élections complémentaires des comtés de Québec, Hochelaga, Chambly et Jacques-Cartier. Il tardait, malgré les défis de l’opposition, au point de provoquer la mauvaise humeur de Chapleau, partisan du « fair play ». »

 

Le 17 novembre 1896, Flynn prononce le discours du Trône pour ouvrir officiellement la 6e session de la 8e législature. Dans ce discours, le premier ministre annonce d’entrée de jeu son intention de soumettre au parlement, « un projet de loi relatif à la création d’un fonds spécial destiné à aider davantage la cause de l’éducation dans les municipalités pauvres et parmi la classe ouvrière à améliorer la condition des instituteurs et des institutrices, et, en général, à donner une nouvelle et forte impulsion à l’enseignement primaire. » L’historien Robert Rumilly explique que « la moyenne [des] traitements ne dépassait pas 491 $ par an pour les instituteurs et 130 $ pour institutrices dans les écoles « modèles »; 213 $ et 104 $ dans les écoles élémentaires. Flynn voulait les porter au niveau, plus élevé, des écoles protestantes, sinon tout à fait au niveau des écoles ontariennes. Au début de 1897, on comptait dans la province, en chiffres ronds, 6 200 instituteurs ou institutrices laïques et 3 300 professeurs religieux. Ce sont surtout des institutrices, de vaillantes jeunes filles — quelquefois, de vaillantes vieilles filles — qui, pour neuf dollars par mois, enseignaient à l’école du rang — à la petite école à pignon, au toit en pente et aux contrevents verts, qui restera, pour plus d’un homme arrivé, son plus lointain et son plus cher souvenir. Flynn présenta ses résolutions relatives à l’enseignement, le 7 janvier. Il demandait l’autorisation de vendre un million et demi d’acres de terre, pour former le capital susceptible de produire un revenu annuel de 60 000 $. En attendant la constitution de ce capital, la province ouvrirait chaque année un crédit de 50 000 $, distribué par le surintendant, sur les instructions du gouvernement. »

 

Dans son discours, Flynn affirme aussi vouloir « légiférer sur une réorganisation des départements publics qui permettra, entre autres choses, de donner une attention plus soutenue à l’exploitation des forêts et des autres ressources de la province, et sera de nature à en accroître le rendement. L’agriculture et la colonisation, qui ont fait de si remarquables progrès depuis quelques années, devront en faire de plus rapides encore par suite de cette réorganisation départementale, et mon gouvernement, persuadé que de la prospérité de la population rurale dépend, dans une grande mesure, le bien-être de tout le pays, vous demandera de vous montrer généreux dans les dispositions budgétaires qui se rapportent à la classe si nombreuse et si méritante des colons et des agriculteurs. »

 

Le premier ministre aborde la question des chemins de fer, un sujet incontournable pour l’époque, ainsi : « En vertu de différents actes de la législature, des subventions en terres, converties subséquemment en subventions en argent, ont été accordées à certaines compagnies de chemins de fer, et représentent une somme totale de plus de trois millions de piastres, payables lorsque ces terres auront été « assignées, vendues et payées, » c’est-à-dire lorsque des frais très considérables d’arpentages et d’administration auront été encourus. Sollicité de donner suite à cette législation, mon gouvernement a proposé aux compagnies intéressées, qui voudraient y consentir, de commuer leurs droits en des sommes d’argent moindres que les sommes indiquées aux statuts, mais payables immédiatement ou à mesure qu’elles deviendront régulièrement dues. Les compagnies ont opté pour cet arrangement, qui a été accepté en principe, et un projet de loi vous sera soumis pour permettre d’effectuer cette commutation. »

 

Depuis déjà plusieurs années, la question de l’émigration des Québécois vers de « meilleurs horizons » occupe les débats de l’Assemblée législative. Flynn déclare que « des agents d’émigration font des efforts actifs pour induire notre robuste et industrieuse population à quitter la province et à aller s’établir jusque dans le Brésil. Afin d’enrayer ce déplorable mouvement et de favoriser davantage la colonisation de nos terres incultes, mon gouvernement présentera un projet de loi qui créera un « homestead » de tout lot que la Couronne concédera suivant certaines conditions, et il a l’intention de rendre ces conditions plus faciles que par le passé. » Cette loi dite des « homesteads », qui vise à protéger les colons contre la saisie de biens indispensables (200 acres de terrain, maison, bestiaux, instruments aratoires, ustensiles de ménage), est accueillie avec satisfaction et elle est même adoptée à l’unanimité au Conseil législatif.

 

« Les efforts de mon gouvernement pour rétablir l’équilibre entre les revenus et les dépenses ont été couronnés de succès, et un surplus a même été réalisé. Comme conséquence, j’ai la vive satisfaction de vous annoncer qu’un projet de loi vous sera soumis pour supprimer la taxe sur les mutations de propriété qui a dû être imposée en 1892. » Cet engagement est considéré comme une pièce maitresse du gouvernement Flynn.

 

Cependant, l’opposition libérale critiquera ce passage : « Mon gouvernement espère aussi pouvoir remplacer les obligations de la province actuellement en circulation par des valeurs payables à une date plus éloignée et portant intérêt à un taux moins élevé, ce qui aura pour effet de réduire considérablement le chiffre des charges annuelles pour intérêts sur la dette publique, et il proposera la législation nécessaire pour faciliter cette conversion. » Pour les libéraux, ce n’est pas tant l’intention qui pose problème, mais la façon d’y parvenir.

 

Le 9 janvier 1897, son gouvernement termine la session parlementaire en faisant adopter une aide aux sinistrés de Roberval, qui vient d'être dévastée par un incendie. Le 12 janvier 1897, Flynn procède à un remaniement de son cabinet.

 

 Cabinet d’Edmund James Flynn, 10e premier ministre du Québec, le 12 janvier 1897 : 

 

Edmund James Flynn : premier ministre, commissaire des Travaux publics

 

Albert William Atwater : trésorier provincial

 

Michael Felix Hackett : secrétaire provincial

 

Louis-Philippe Pelletier : procureur général

 

Louis Beaubien : commissaire de l'Agriculture

 

Thomas Chapais : président du Conseil exécutif, commissaire de la Colonisation et des Mines

 

Guillaume-Alphonse Nantel : commissaire des Terres, Forêts et Pêcheries

 

Le Dictionnaire biographique du Canada rappel qu'un « an seulement après sa nomination comme premier ministre, Flynn a déjà accompli beaucoup de travail. Pendant cette même année, deux de ses filles sont décédées d’une forme de tuberculose ; la même maladie en emportera deux autres, l’une en 1898 et l’autre en 1906. Le chef conservateur fait face à une conjoncture peu favorable, due entre autres à l’usure normale du pouvoir, à l’arrivée en force des libéraux de Wilfrid Laurier à Ottawa [le 23 juin 1896], au ressentiment tenace à l’égard des conservateurs à la suite de leurs décisions au sujet des écoles du Manitoba et de l’affaire Riel, ainsi qu’à la réhabilitation de Mercier, décédé en octobre 1894. […] De plus, le premier ministre sortant a peu de notoriété (notamment à Montréal) et sa personnalité plutôt réservée et sans lustre n’en fait pas un tribun qui peut soulever les foules. »

 

 Élection québécoise du 11 mai 1897 

L’historien Jacques Lacoursière relate que « la huitième législature de la province de Québec, dont l’existence légale avait débuté le 15 mars 1892, arrive à sa fin. La durée maximale étant de cinq ans, il faut donc songer à des élections générales. Le lieutenant-gouverneur prononce la dissolution de la législature le 27 février 1897 et le scrutin est fixé au 11 mai suivant. L’historien Jean-Louis Roy résume ainsi le programme du premier ministre Edmund J. Flynn : « Respect des usages constitutionnels, aide accrue à l’éducation, à l’agriculture, développement et utilisation plus rationnelle des ressources naturelles, revalorisation du service civil provincial, réorganisation des départements, diminution des taxes, nouvelle répartition des revenus entre le fédéral et le provincial, subsides aux chemins de fer. » Quant au Parti libéral provincial, dirigé par Félix-Gabriel Marchand, vieux routier de la politique, élu sans interruption (et souvent sans opposition) depuis 1867, il insiste moins sur son programme que sur la « politique d’expédients et d’opportunisme » de l’ancien gouvernement conservateur. Il s’efforce de projeter l’image d’un Parti conservateur en plein désarroi et toujours empêtré dans le scandale McGreevy. Il se contente surtout de dénoncer la mauvaise gestion financière des conservateurs en soulignant que la dette de la province de Québec est passée de 25 millions en 1892 à 34 millions de dollars en 1897. »

 

Le livre Les élections au Québec ajoute que « Le mot « taxeux » est martelé dans la presse libérale, allusion à la taxe sur les mutations de propriété adoptée en 1892, dont Flynn n’a annoncé la suppression qu’en novembre 1896. La Minerve justifie cette mesure, rendue indispensable par « les folies de Mercier » et « les extravagances du rougisme ». Cette pique contre l’héritage du défunt premier ministre agace La Patrie qui demande à « laisse[r] les morts en paix » et rappelle que « ce que le peuple a à juger en ce moment ce n’est pas le régime Mercier [...], mais c’est le régime Flynn. » […] Le thème central des débats demeure cependant les accusations de corruption qui fusent encore de partout. Les conservateurs tentent en effet de ramener à la surface les scandales qui ont entrainé la chute du gouvernement libéral en 1892. Pour eux, « ceux qui tripotaient » alors « sont les mêmes qui sollicitent encore aujourd’hui nos suffrages ». De son côté, la presse libérale enchaîne les histoires impliquant les conservateurs : dépenses du palais de justice de Montréal, asile de Beauport, emprunt « à 77 », affaire Chassé, etc. Même s’il n’est premier ministre que depuis peu, Flynn est pointé du doigt pour son rôle de ministre sous de Boucherville et Taillon : « Ces trois gouvernements, de Boucherville, Taillon et Flynn, n’en font qu’un ». […] Le 28 avril, Flynn et Marchand participent à une assemblée sur la place du marché, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Dans les jours qui ont précédé, les deux chefs ont fait courir des foules importantes lors de rassemblements à Montréal. Leur rencontre, deux semaines avant le scrutin, ne semble toutefois pas susciter beaucoup de passion. Malgré le soleil, l’événement n’attirerait qu’environ un millier de personnes. Le Courrier de Saint-Jean parle d’une assemblée « très paisible et très attentive », ce qu’il faut peut-être attribuer à la personnalité des deux tribuns qui, selon Robert Rumilly, n’ont pas « de dynamisme, de popularité véritable ». »

 

Toujours selon le Dictionnaire biographique du Canada, « le programme politique que propose Flynn pendant la campagne est en continuation avec ses réalisations de la dernière année ; il demande qu’on le juge sur son programme et sur ses résultats, sans mêler les questions fédérales à l’élection provinciale. Les conservateurs s’acharnent sur le régime Mercier, qu’on accuse encore de tous les maux présents. Quant au chef libéral, Félix-Gabriel Marchand, il insiste surtout sur le bilan du gouvernement conservateur et sa mauvaise gestion financière. Les organisateurs de Laurier arrivent aussi en force et la campagne électorale prend vite l’allure d’une confrontation entre Flynn et Laurier. »

 

La campagne électorale des libéraux est davantage axée sur la figure emblématique de Wilfrid Laurier, premier francophone québécois à devenir premier ministre du Canada moins d’un an avant, que sur le programme du parti. D'ailleurs, le mot d'ordre « Votez pour Marchand contre Flynn » devient « Votez pour Laurier contre Flynn ».

 

Le 11 mai 1897, le gouvernement sortant est défait. Sur les 338 800 électeurs inscrits, seulement 225 179 se présentent voter. Le Parti libéral de Marchand fait élire 51 députés avec 53 % des votes et le Parti conservateur de Flynn, 23 avec 43 % des votes. Dans sa propre circonscription de Gaspé, il gagne par seulement 11 votes. Certains journaux ont même publié à tort qu’il avait perdu. Flynn demeure premier ministre jusqu’au 24 mai 1897 et il sera le dernier chef conservateur à occuper cette fonction dans l’histoire du Québec.

PREMIER MINISTRE

Portrait du premier ministre du Québec Edmund James Flynn.

Collection Dave Turcotte

Le gouvernement provincial devant l'opinion. Discours programme prononcé le 6 septembre 1896, à Saint-Jean-Port-Joli par le premier ministre Edmund James Flynn. 1897.

Collection Dave Turcotte

Thomas Chapais est un ministre conservateur influant du gouvernement Flynn.

 

Discours prononcé par l'honorable Thomas Chapais au banquet national du 23 juin 1902. 1902.

Collection Dave Turcotte

Portraits des premiers ministres du Québec Edmund James Flynn et Félix-Gabriel Marchand. Galerie nationale : Les gouverneurs et les premiers ministres de Québec 1867-1920.

Collection Alain Lavigne

Macarons commémoratifs du premier ministre  Edmund James Flynn.

Collection Dave Turcotte

Boîte de cigares à l'effigie du premier ministre Wilfrid Laurier.

Collection Dave Turcotte

Le chef de l'opposition

Suite à cette défaite, Joseph Royal télégraphie à Flynn au nom de tous les clubs conservateurs du district de Montréal. « Avec un chef qui s’était révélé homme d’État de premier rang, avec un programme d’ordre et de progrès, avec une organisation aussi parfaite que possible, après une lutte dans laquelle vous avez accompli un travail de géant, nous avons perdu la bataille. L’honneur est sauf. Nous vous exprimons nos sympathies les plus vives, et nous restons groupés autour de vous, dans une inébranlable fidélité. » Cette défaite met un terme à un régime conservateur qui a dominé la scène politique québécoise pendant une trentaine d’années.

 

Flynn devient par la force des choses chef de l’opposition. Il tente bien que mal à diriger les faibles troupes conservatrices face aux libéraux gonflés à bloc tant à Québec, qu’Ottawa. D’ailleurs, le règne du Parti libéral à Québec va durer près de quarante ans.

 

 Élection québécoise du 7 décembre 1900 

Le 25 septembre 1900, Félix-Gabriel Marchand est le premier premier ministre du Québec à mourir en fonction. Tout le Québec est en deuil. Simon-Napoléon Parent lui succède le 3 octobre. Le 15 novembre 1900, le nouveau premier ministre déclenche une élection générale en vue du 7 décembre de la même année.

 

L’historien Jacques Lacoursière écrit que « le chef de l’opposition conservatrice, Edmund James Flynn, fait de l’autonomie provinciale un des principaux thèmes de sa campagne. Selon lui, le Parti libéral provincial est à la remorque de Laurier. Le choix de Parent, à la place de Joseph-Émery Robidoux qui avait assuré l’intérim durant la maladie de Marchand, semblait fortement lui donner raison. Dans une lettre adressée aux électeurs de la province de Québec, en date du 20 novembre, Flynn écrit : « Une conséquence qui découle nécessairement de l’action du gouvernement est l’amoindrissement de notre législature, et, à courte échéance, la destruction même du principe fédératif. La Législature de Québec devient ainsi l’accessoire d’Ottawa, et cette Législature de Québec, que les Pères de la Confédération ont voulu si fièrement indépendante, se trouve convertie en réalité en simple succursale du pouvoir central. Le peuple de cette province se posera sans doute cette question-ci: « Que devient, dans ces circonstances, l’autonomie provinciale ? » »

 

Ne voulant pas perdre son siège, Flynn change de circonscription et est candidat conservateur dans la circonscription de Nicolet. Il est élu par seulement 41 voix de majorité dans cette circonscription soi-disant plus conservatrice.

 

 Élection québécoise du 25 novembre 1904 

Le Dictionnaire biographique du Canada annonce que « le 3 novembre 1904, Laurier est reporté au pouvoir au fédéral. Le lendemain, tandis que Flynn est toujours chef de l’opposition dans la province de Québec, Parent fait dissoudre le Parlement, fixe la tenue des élections au 25 novembre, forçant les gens à se prononcer en un temps record. Comme les libéraux ont gagné 64 des 74 circonscriptions en 1900, il leur suffit de présenter les mêmes députés. Flynn n’est pas dans la même situation et a peu de temps pour se préparer. Il signe un manifeste pour dénoncer la conduite de Parent, qui cherche selon lui à identifier sa candidature à celle de Laurier. L’opposition ne veut pas se prêter à ce jeu, déclare-t-il. Il ordonne alors à ses troupes de contester, en s’abstenant, la légitimité de l’élection en cours (qu’il qualifie de coup de force). Lui-même ne se présente dans aucune circonscription. La directive est suivie de façon imparfaite et les libéraux l’emportent encore facilement. L’année suivante, Flynn, sans mandat, renonce à son poste de chef du Parti conservateur, parti qui ne possède plus qu’un seul quotidien, l’Événement, et qui ne dispose en Chambre que de sept députés. […] Après une trentaine d’années dans la vie politique active, Flynn doit retourner à une vie professionnelle plus effacée, c’est-à-dire à la pratique du droit et à l’enseignement universitaire. »

CHEF DE L'OPPOSITION

Portraits des premiers ministres du Québec Félix-Gabriel Marchand et Simon-Napoléon Parent.

Collection Dave Turcotte

Mosaïque du cabinet du premier ministre du Canada Sir Wilfrid Laurier du 23 juin 1896

et du cabinet du premier ministre du Québec Félix-Gabriel Marchand du 11 mai 1897.

Collection Dave Turcotte

Maquette réalisée par le sculpteur Roger Langevin illustrant le monument érigé à Saint-Jean-sur-Richelieu en l'honneur de Félix-Gabriel Marchand, 11e premier ministre du Québec.

Crédit photo : Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu

Collection Dave Turcotte

La Législature de Québec. Galerie des membres du conseil législatif et des députés à l'Assemblée législative par Pierre-Georges Roy. 1897.

Collection Dave Turcotte

Une élection sans candidat ?

Lors de la campagne électorale de 1904, Flynn signe un manifeste :

 

« Le gouvernement Parent veut supprimer la discussion, empêcher le peuple de se ressaisir, de voir clair dans la situation provinciale et de faire la distinction nécessaire entre la politique de Québec et celle d’Ottawa. C’est-à-dire qu’il veut identifier sa cause avec celle de sir Wilfrid Laurier et pousser, sous de faux prétextes, les électeurs aux polls, d’où ils viennent à peine de sortir, afin de leur faire donner, en profitant de l’impression encore toute vivace du vote d’hier en faveur de sir Wilfrid, un vote favorable à M. Parent. […] L’opposition ne saurait se prêter à ce jeu du gouvernement Parent. Elle ne saurait se rendre complice et accepter d’être victime de cet attentat en participant à la lutte. […] Que le cabinet provincial gouverne comme il l’entendra. Le parti conservateur continuera à le surveiller de l’extérieur avec toute la vigilance possible, et saura en temps et lieu le mettre en accusation devant l’électorat, si sa politique future s’inspire malheureusement des errements de sa politique passée. Le parti conservateur de Québec s’abstient dans le moment actuel ; mais il n’abdique pas. Il va attendre, l’arme au bras, le moment favorable pour recommencer la bataille dans l’intérêt de la province et de ses institutions. Que nos amis restent fermes dans leurs convictions et fidèles au vieux drapeau ! Que tous les bons citoyens à quelque parti qu’ils appartiennent, appuient nos protestations ! »

Le 7 novembre 1904

 

 

La vie après la politique

De 1907 à 1909, Flynn agit à titre de bâtonnier du Barreau de Québec.

 Élection fédérale du 26 octobre 1908 

En vue de l’élection fédérale du 26 octobre 1908, il tente un retour en politique en se portant candidat conservateur dans la circonscription de Dorchester. Il est défait.

 

En 1911, il prend son fils Francis, nouvellement admis au barreau, comme associé. Après une maladie de quelques jours, son épouse Augustine décède la même année. Il épouse en deuxième noce, Marie Cécile Pouliot, veuve d'Eugène Globensky, le 8 janvier 1912 à Montréal.

 

Le 9 juin 1914, Flynn est nommé juge à la Cour supérieure du district de Beauce. Puis le 26 juin 1920, il devient juge à la Cour du banc du roi, poste qu’il occupe jusqu’à son décès.

 

Le 7 juin 1927, il meurt à Québec à l'âge de 79 ans et 6 mois. Il est inhumé au cimetière Notre-Dame de Belmont, à Québec, le 10 juin 1927.

 

Il est désigné personnage historique par le ministre de la Culture et des Communications le 1er novembre 2012.

 

Il est le grand-père de Jacques Flynn, député à la Chambre des communes de 1958 à 1962 et sénateur de 1962 à 1990. Il occupe tour à tour la charge de ministre des Mines et Relevés techniques, chef de l'Opposition au Sénat, leader du Gouvernement au Sénat, ministre de la Justice et Procureur général du Canada.

 

Le Dictionnaire biographique du Canada décrit Flynn ainsi : « Plus à l’aise à la cour ou en classe que sur une tribune politique, Edmund James Flynn était un politicien consciencieux, renommé pour sa méticulosité, sa connaissance des dossiers et sa maîtrise de l’argumentation. Ce professeur de droit a accompli un travail de législation très valable, en particulier au département des Terres de la couronne. Homme de bonne élocution, habile et convaincant, il était particulièrement à l’aise avec les questions constitutionnelles. Il savait faire preuve de pondération ; sa prudence le faisait même souvent hésiter avant de passer à l’action. Son instinct politique, sa sensibilité aux humeurs de l’électorat, sa vision des grands enjeux de société ainsi que sa combativité se résumaient cependant à peu de chose. Sans lustre, effacé et flegmatique, pour ne pas dire austère, cet homme politique de transition, qui ne maîtrisait pas le sens de la formule, a accédé au poste de premier ministre de la province de Québec à un bien mauvais moment. Il ne pouvait rivaliser avec des personnalités charismatiques comme Laurier, Joseph-Israël Tarte ou même Marchand ».

LA VIE APRÈS LA POLITIQUE

Résidence d'Edmund James Flynn au 8-12, rue Saint-Flavien à Québec.

Collection Dave Turcotte

Résidence d'Edmund James Flynn au 15, rue Hamel à Québec dès 1881.

Collection Dave Turcotte

Lorsque Dave Turcotte, créateur du Musée virtuel d'histoire politique du Québec a pris en photo cette résidence, il a eu la chance de croiser la propriétaire actuelle de l'immeuble. Elle lui a parlé de la hampe pour drapeau qui était installée sur le mur de l'immeuble à l'époque. Nous tenons à la remercier d'avoir bien voulu la sortir de son sous-sol le temps de la photo. Selon Radio-Canada, « son mandat de premier ministre terminé, [Flynn] emménage au 9, aussi connu pour avoir abrité l’ancien consulat américain. Il y vivra jusqu’à sa mort, en 1927. On remarque la haute porte vitrée donnant sur l'escalier intérieur, caractéristique du style et de l'époque. »

Résidence d'Edmund James Flynn au 9, rue Hamel à Québec. 

Collection Dave Turcotte

Acte de décès d'Edmund James Flynn. 7 juin 1927.

Ancestry

« Ce monument récent a été érigé par le sénateur Jacques Flynn pour rendre hommage à son grand-père, le premier ministre du Québec Edmund James Flynn, dont le monument avait disparu. Il est situé dans la partie ancienne du cimetière Notre-Dame-de-Belmont. On peut y lire l’inscription « Premier ministre du Québec 1896-1897 ». »

Les armoiries gravées au haut de la dalle, entre l'inscription principale et les trois colonnes de noms, sont celles du clan irlandais Flynn. Elles sont composées d'un loup vu de profil regardant vers la droite, au-dessus duquel brillent trois cercles jaunes, surmontés d'un heaume et du plastron de l'armure d'un chevalier. La devise dans les armoiries « Non sine periculo » qui est traduite en anglais par « Not Without Danger » s'apparente en français à la devise Il n'y a pas de gloire, sans péril.

Lieu de sépulture d'Edmund James Flynn au cimetière Notre-Dame-de-Belmont à Québec.

Collection Dave Turcotte

En politique de grand-père en petit-fils

Edmund James Flynn est le grand-père de Jacques Flynn, député à la Chambre des communes de 1958 à 1962 et sénateur de 1962 à 1990.

 

Son arrière-grand-père maternel fut brièvement ministre dans le cabinet du premier ministre Chapleau.

Jacques Flynn a occupé tour à tour la charge de ministre des Mines et Relevés techniques, chef de l'Opposition au Sénat, leader du Gouvernement au Sénat, ministre de la Justice et Procureur général du Canada.

En 1998, il publie le livre Un Bleu du Québec à Ottawa au Éditions du Septentrion.

Il est décédé le 21 septembre 2000. 

 

Lieux de mémoire

Carte interactive

Découvrez (virtuellement) les régions du Québec à travers la vie de nos premiers ministres. Cette carte interactive vous fera découvrir où ils sont nés, où ils ont habités, étudiés, travaillés ainsi qu’où ils sont décédés et enterrés. Elle indique aussi les quelques musées à visiter, les monuments en leur honneur ainsi que les lieux rappelant leur mémoire par la toponymie. Cette carte est loin d’être exhaustive. Elle sera toujours en développement. 

Légende de la carte

JE ME SOUVIENS

Photographies de panneaux de voies de communication rendant hommage au premier ministre Edmund James Flynn. 

Collection Dave Turcotte

Sources

Livres

Chaloult, René (1969). Mémoires politiques. Montréal : Éditions du Jour.

Commission de la Capitale nationale du Québec (1999). Je me souviens. Les monuments funéraires des premiers ministres du Québec. Québec : Commission de la Capitale nationale du Québec.

Grand'Maison, Réginald (2004). De Taschereau à Bourassa - 50 ans de vie politique au Kamouraska (1920-1970). La Pocatière : Impressions Soleil.

Guay, Jean-Herman et Serge Gaudreau (2018). Les élections au Québec : 150 ans d’une histoire mouvementée. Québec : Les presses de l’Université Laval.

Lacoursière, Jacques (1997). Histoire populaire du Québec. De 1896 à 1960. Montréal : Éditions du Septentrion.

Lamarche, Jacques (1997). Les 27 premiers ministres. Montréal : Éditions LIDEC.

Linteau, Paul-André, René Durocher et Jean-Claude Robert (1979). Histoire du Québec contemporain. Québec : Les Éditions du Boréal express.

Piazza, François et coll. (1980). Le Mémorial du Québec Tome IV 1890-1917. Montréal : La Société des éditions du Mémorial.

Rumilly, Robert (1940-1969). Histoire de la province de Québec VI, VII, VIII, IX. Montréal : Éditions Bernard Valiquette.

Articles

Lachaussée, Catherine (2020). « 12 demeures de premiers ministres à découvrir dans le Vieux-Québec ». Radio-Canada (Montréal).

Sites 

Assemblée nationale du Québec

BAnQ

Dictionnaire biographique du Canada

Généalogie du Québec et d’Amérique française

Répertoire du patrimoine culturel du Québec

Société du patrimoine politique du Québec

Wikipédia